RDC : L’ancien président Joseph Kabila visé par la justice, son parti suspendu et ses biens saisis

RDC : L’ancien président Joseph Kabila visé par la justice, son parti suspendu et ses biens saisis

L’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, est désormais dans la ligne de mire de la justice congolaise. Le gouvernement a annoncé l’ouverture de poursuites judiciaires à son encontre, la suspension de son parti politique, le PPRD, et la saisie de ses biens, deux jours seulement après son retour remarqué à Goma, ville stratégique tombée sous le contrôle du mouvement rebelle M23/AFC.

Dans une déclaration officielle, le ministre de la Justice, Constant Mutamba, a précisé avoir donné instruction au procureur général près la Cour de cassation et à l’auditeur général des Forces armées d’engager des poursuites contre Kabila et plusieurs de ses proches. Ces derniers sont accusés d’“implication directe dans l’agression rwandaise à travers le M23/AFC”, un groupe armé actif dans l’est du pays.

 

Les faits reprochés à l’ancien président sont d’une gravité exceptionnelle. Le gouvernement parle de haute trahison et affirme disposer d’éléments attestant d’un rôle actif de Kabila et de cadres du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) dans les récents événements sécuritaires à l’est du pays.

Outre les poursuites, les autorités ont ordonné la saisie des biens mobiliers et immobiliers de Joseph Kabila, ainsi que la mise en place de restrictions de déplacement visant plusieurs membres de son parti.

 

Avant même l’annonce du ministre de la Justice, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait acté la suspension des activités du PPRD, invoquant l’“activisme avéré” de l’ancien chef d’État et le “silence complice” de sa formation politique. Le parti, longtemps pilier de la scène politique congolaise, se retrouve aujourd’hui marginalisé, voire criminalisé.

Cette série de décisions marque une escalade sans précédent dans les tensions politiques entre le camp Kabila et l’actuel pouvoir, dirigé par le président Félix Tshisekedi.

Joseph Kabila était resté silencieux et en retrait depuis la rupture de sa coalition avec Félix Tshisekedi en 2020. Son retour à Goma, bastion du M23, a ravivé les tensions. L’ancien président aurait été accueilli dans un contexte de regain d’activité rebelle, alors même que le groupe est désormais allié à Corneille Nangaa, ancien président de la CENI, aujourd’hui en rupture avec Kinshasa.

Jusqu’ici, Joseph Kabila n’a pas répondu publiquement aux accusations portées contre lui. Son conseiller diplomatique, Barnabé Kikaya, a toutefois annoncé qu’un discours “qui fera date” sera prononcé “dans les jours à venir”.

Ce dossier explosif pourrait bien redéfinir les équilibres politiques en RDC, avec une justice appelée à trancher entre vérité judiciaire, pression politique et exigence populaire de redevabilité.

Babacar DIOP

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