Kenya : hommage national à Raila Odinga, endeuillé par une bousculade meurtrière

Kenya : hommage national à Raila Odinga, endeuillé par une bousculade meurtrière

Le Kenya tout entier s’est arrêté, ce vendredi 17 octobre 2025, pour dire adieu à Raila Odinga, figure emblématique de l’opposition et infatigable défenseur de la démocratie. Mais la cérémonie nationale organisée au stade Nyayo de Nairobi a tourné au drame : une bousculade a fait au moins deux morts et plusieurs dizaines de blessés, selon Médecins sans frontières (MSF).

Près de 40 000 Kényans avaient fait le déplacement pour rendre un dernier hommage à celui qu’ils appelaient affectueusement Baba, « le père ». L’ancien Premier ministre, décédé mercredi en Inde à 80 ans des suites d’un arrêt cardiaque, laisse derrière lui un vide politique et moral immense.

Une ferveur populaire à la hauteur du mythe

C’est dans une atmosphère de recueillement et d’émotion que le cortège funéraire a fait son entrée dans le stade sous les acclamations. Des chants, des danses et des prières ont rythmé une cérémonie empreinte de ferveur. Rosa Roco, venue du comté d’Homa Bay, près du lac Victoria, confie entre deux sanglots :

« Je ne m’attendais pas à sa mort. Je commence à me rendre compte… Baba n’est plus ! Baba, montre-nous la voie à suivre. Que ton âme repose en paix. »

Le cercueil, drapé du drapeau national, symbolisait bien plus qu’un adieu : il incarnait une page de l’histoire kényane qui se referme.

Un hommage transformé en tribune politique

Les hommages se sont succédé, souvent chargés de symboles politiques. Winnie Odinga, la fille du défunt, a rappelé la stature de son père :

« Quand tu grandissais, on t’appelait le Luo. Puis, on a commencé à t’appeler le marteau. À la fin, tout le monde t’appelait Baba. J’étais avec lui en Inde. Il est mort fort, digne et fier. L’esprit du lion s’est élevé pour toujours. »

Mais très vite, les discours ont pris une tournure critique. L’évêque anglican David Kodia, dans une intervention remarquée, a dénoncé les dérives de la classe politique actuelle :

« Baba n’a jamais utilisé le pouvoir de l’argent pour intimider. Il usait du pouvoir des mots, de la conviction. Combien peuvent prétendre être à sa hauteur aujourd’hui ? »

Une fin de cérémonie assombrie par le chaos

Alors que la cérémonie touchait à sa fin, une bousculade s’est produite aux abords du stade, lorsque la foule a tenté de suivre le cortège funéraire. Selon MSF, deux personnes ont trouvé la mort et plus d’une trentaine ont été hospitalisées.

Dans son discours, le président William Ruto a salué « un grand patriote, un réformateur acharné, un homme d’État visionnaire et un fidèle serviteur du peuple kényan ».

« Raila Odinga a donné plus à son pays que n’importe quel autre Kényan ne le fera jamais », a-t-il affirmé, sous les applaudissements.

Malgré la tragédie, la journée restera dans la mémoire collective comme celle où le Kenya a dit adieu à l’un de ses plus grands fils, un homme dont le combat pour la démocratie, la justice et l’unité nationale continuera d’inspirer des générations.

Seune Cheikh FAYE

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