Présidentielle au Cameroun : Issa Tchiroma Bakary revendique la victoire sur fond de documents incohérents
Alors que le Cameroun attend toujours la proclamation officielle des résultats de la présidentielle du 12 octobre, le climat politique s’est tendu après que le candidat Issa Tchiroma Bakary, leader du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), a revendiqué sa victoire avant l’annonce du Conseil constitutionnel.
Dans la nuit de dimanche à lundi, l’ancien ministre de la Communication a publié en ligne plusieurs procès-verbaux censés prouver son avance décisive sur ses concurrents. Mais ces documents, loin de convaincre, ont suscité la polémique et de nombreuses doutes quant à leur authenticité.
Des incohérences flagrantes dans les chiffres
Les tableaux présentés par le candidat du FSNC comportent de multiples anomalies : dans certains départements, le total des pourcentages dépasse les 100 %, atteignant parfois 105 %, tandis qu’à d’autres endroits, le nombre de votants excède celui des électeurs inscrits.
Ces erreurs, rapidement relevées par des observateurs électoraux et des internautes, jettent le doute sur la fiabilité des résultats diffusés par Issa Tchiroma Bakary. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, a immédiatement dénoncé une tentative de manipulation de l’opinion, estimant que ces incohérences « décrédibilisent toute prétention à la victoire ».
Le FSNC se défend et accuse le système électoral
Face aux critiques, le camp du FSNC a réagi par un communiqué, affirmant ne pas avoir « fabriqué » les chiffres, mais simplement retranscrit des données issues des bureaux de vote. Selon le parti, les anomalies constatées seraient la conséquence « d’irrégularités survenues avant ou pendant le dépouillement, notamment des cas de bourrage d’urnes et de vote multiple ».
Malgré les controverses, Issa Tchiroma Bakary maintient sa position : « Nous avons gagné cette élection et attendons sereinement la confirmation du Conseil constitutionnel », a-t-il déclaré par la voix de son équipe de campagne.
Un pays suspendu à la décision du Conseil constitutionnel
Pour l’heure, le Conseil constitutionnel, seule institution habilitée à proclamer les résultats définitifs, a convoqué une session spéciale mercredi pour examiner les recours contentieux déposés par plusieurs candidats. Cette étape cruciale précède l’annonce officielle du vainqueur, qui devrait intervenir avant la fin de la semaine.
En attendant, le climat reste tendu et chargé d’incertitudes. Dans les grandes villes comme Yaoundé et Douala, les autorités ont renforcé la présence policière pour prévenir toute manifestation non autorisée.
Une élection sous haute surveillance
Cette présidentielle, marquée par un taux de participation moyen et des soupçons d’irrégularités dans plusieurs régions, s’inscrit dans un contexte de fatigue démocratique et de méfiance croissante envers les institutions électorales.
L’épisode Tchiroma Bakary, entre revendication hâtive et chiffres contestés, illustre les tensions post-électorales qui continuent de fragiliser la scène politique camerounaise.
Désormais, tous les regards se tournent vers le Conseil constitutionnel, seul arbitre capable de trancher et de rendre à la nation la vérité des urnes.
