Guinée-Bissau, rempart écologique : 26,4 % du territoire pour résister au climat et à la déforestation

Guinée-Bissau, rempart écologique : 26,4 % du territoire pour résister au climat et à la déforestation

La Guinée-Bissau, petit pays de 36 125 km² niché sur la façade atlantique, abrite l’un des mosaïques écologiques les plus riches d’Afrique de l’Ouest. Mangroves, forêts primaires, zones humides, savanes, littoraux et espaces marins composent un patrimoine naturel d’une importance stratégique, autant pour la biodiversité mondiale que pour la résilience économique et sociale des communautés locales. Près de 26,4 % du territoire est aujourd’hui classé en aires protégées, un taux exceptionnel dans la sous-région, mais menacé par des pressions croissantes.

Un pays à haute valeur écologique, au cœur des enjeux environnementaux régionaux

Les mangroves bissau-guinéennes, qui couvrent 338 652 hectares, constituent l’un des plus vastes complexes de mangroves de la côte ouest-africaine. Elles sont un rempart naturel contre l’érosion, un puits de carbone majeur et un lieu de reproduction pour la faune marine. Les forêts, elles, représentent plus de 70 % du territoire, dont près de 45 % sont encore des forêts primaires, abritant une biodiversité remarquable – oiseaux migrateurs, primates, espèces endémiques et ressources non ligneuses essentielles aux populations.

Mais derrière cette richesse exceptionnelle se cache une réalité alarmante : environ 80 000 hectares de forêt disparaissent chaque année, sous l’effet combiné de l’agriculture itinérante, de la production de charbon de bois et de l’expansion rapide des plantations de cajou, première ressource d’exportation du pays. Cette déforestation massive entraîne la fragmentation des habitats, la perte de biodiversité et la dégradation accélérée des sols.

Une vulnérabilité extrême face au changement climatique

Située à l’interface entre continent et océan, la Guinée-Bissau est en première ligne des impacts climatiques. L’élévation du niveau de la mer provoque une érosion sévère le long du littoral et une intrusion saline qui menace rizières, villages côtiers et mangroves. Les zones humides, essentielles à la sécurité alimentaire, subissent une pression croissante.

Face à ces risques, le pays multiplie les initiatives de restauration et d’adaptation. En 2024, 224 hectares de mangroves ont été restaurés dans le Parc du Rio Cacheu, dans le cadre du plan national mis en œuvre avec la Global Mangrove Alliance. Ce projet illustre une dynamique encourageante mais encore insuffisante pour contrebalancer l’ampleur des pertes annuelles.

Un classement environnemental qui appelle à l’action et au soutien international

Au classement Environmental Performance Index 2024, la Guinée-Bissau figure au 112ᵉ rang mondial, soit un niveau modéré mais fragile. Cette position reflète à la fois les efforts déjà engagés et les limites structurelles d’un pays aux ressources financières restreintes, confronté à une démographie jeune et à une forte dépendance aux ressources naturelles.

Pour les décideurs politiques, les bailleurs internationaux, les banques de développement et les investisseurs à impact, ce signal est clair : la Guinée-Bissau se trouve à un tournant. Ses écosystèmes sont déterminants non seulement pour l’équilibre écologique régional, mais aussi pour la stabilité économique, la lutte contre la pauvreté et la résilience face aux crises climatiques.

Un appel à investir dans la nature comme moteur de développement

La protection des mangroves, forêts et zones humides n’est plus un enjeu strictement écologique. C’est un levier majeur de :

  • sécurité alimentaire (rizières, pêche, ressources non ligneuses)
  • stabilité climatique (puits de carbone, régulation hydrologique)
  • croissance économique (écotourisme, bioéconomie, filières durables)
  • prévention des conflits (gestion équitable des ressources)
  • emplois verts et inclusion des jeunes

Les aires protégées représentent une opportunité unique de bâtir un modèle de développement fondé sur la préservation des écosystèmes, la création de chaînes de valeur durables et l’attraction d’investisseurs engagés dans la finance verte.

Une responsabilité collective pour un patrimoine mondial

Avec plus d’un quart de son territoire classé en aires protégées, la Guinée-Bissau porte une responsabilité écologique qui dépasse largement ses frontières. Préserver ses mangroves, ses forêts primaires et ses zones humides, c’est protéger une partie essentielle du capital naturel de l’Afrique de l’Ouest.

Mais pour réussir cette transition, le pays a besoin d’un soutien politique, financier et technique solide. L’enjeu n’est pas seulement de conservation : c’est de transformation, de résilience et de développement durable. Dans un monde confronté à l’urgence climatique, la Guinée-Bissau pourrait devenir l’un des laboratoires les plus prometteurs de l’économie verte en Afrique.

Abdoulaye BA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *