Sénégal : La taxation du mobile money soulève enjeux et inquiétudes pour les populations

Sénégal : La taxation du mobile money soulève enjeux et inquiétudes pour les populations

Le Sénégal s’apprête à introduire une taxation sur les transactions effectuées via le mobile money, une annonce faite le 1er août dernier par le Premier ministre Ousmane Sonko lors de la présentation du Plan de redressement économique et social (PRES). L’objectif affiché par le gouvernement est de mobiliser davantage de ressources financières à travers ce secteur en pleine expansion.

Selon le schéma projeté, les paiements marchands seront soumis à une taxe de 0,5 % sur chaque transaction mobile, tandis qu’une taxe de 1,5 % sera appliquée sur chaque client effectuant un transfert ou un paiement. Dans ce système, le payeur supportera 0,5 % et le marchand 2 % de taxe. Le gouvernement vise à collecter environ 220 milliards FCFA en trois ans grâce à cette mesure.

Un secteur en plein essor au service de l’inclusion financière

Le mobile money connaît un essor spectaculaire au Sénégal. Plus de 90 % des Sénégalais de plus de 15 ans utilisent désormais les portefeuilles électroniques, selon les dernières statistiques. Dans un pays où le taux de bancarisation reste faible, à seulement 26 %, ces services numériques représentent un outil essentiel d’inclusion financière. En 2025, 15 300 milliards FCFA de transactions ont été enregistrées, reflétant non seulement la croissance du secteur, mais également un changement profond des habitudes de gestion financière.

Les opérateurs dominants, Wave et Orange Money, ont démocratisé le paiement marchand et facilité la digitalisation de nombreux secteurs, du commerce aux transports, améliorant l’accès aux services pour les populations urbaines comme rurales.

Des craintes d’impacts négatifs sur les ménages

Malgré ses avantages pour la mobilisation des recettes publiques, la taxation du mobile money suscite des inquiétudes. Les compagnies de transfert, revendeurs, distributeurs et commerçants estiment que cette mesure pourrait freiner l’inclusion sociale et numérique, alourdir le coût de la vie et encourager un retour à l’usage de l’argent liquide.

L’association des consommateurs du Sénégal s’inquiète également d’une répercussion directe sur le pouvoir d’achat. « En cas de hausse ou de nouvelles taxations, nous craignons une augmentation des tarifs, ce qui impacterait négativement les ménages et le secteur », a déclaré Ibrahima Dramé, président de l’organisation.

Un équilibre délicat à trouver

La taxation du mobile money illustre le défi auquel le gouvernement est confronté : mobiliser des ressources publiques tout en préservant les avantages d’un secteur qui contribue à l’inclusion financière et à la digitalisation de l’économie. Le succès de cette mesure dépendra largement de son application et de sa perception par les Sénégalais, déjà fortement attachés à ces outils numériques.

agmafrica

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