Face à Donald Trump, Keir Starmer mise sur la « relation spéciale » malgré des résultats mitigés
Londres – Donald Trump est devenu, cette semaine, le seul président américain à effectuer deux visites d’État à Londres. Reçu avec faste les 17 et 18 septembre, il a scellé avec Keir Starmer un accord de coopération technologique couvrant l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et l’énergie nucléaire.
Le Premier ministre britannique, en difficulté sur la scène intérieure, présente cette rencontre comme un succès diplomatique et économique. Les promesses d’investissement atteignent 173 milliards d’euros, dont 30 milliards d’euros engagés par le laboratoire pharmaceutique britannique GSK sur le sol américain.
Des chiffres à relativiser
Si le montant est inédit, il est toutefois à relativiser : 104 milliards proviennent du fonds américain Blackstone, sur des projets étalés depuis plusieurs années et confirmés plus que véritablement obtenus grâce à la visite d’État. « C’est surtout une officialisation », confient des observateurs.
En revanche, Starmer n’a pas réussi à obtenir de concessions sur le front commercial. Les droits de douane de 25 % imposés par Donald Trump aux produits britanniques demeurent inchangés. « Ce que veut Keir Starmer en négociant, c’est obtenir des exemptions pour les secteurs les plus fragiles », analyse Lauric Henneton, maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Pour l’heure, ces efforts n’ont pas abouti.
Un pari diplomatique
Malgré ce revers, Keir Starmer peut se targuer d’avoir restauré la visibilité internationale du Royaume-Uni. La rencontre, largement couverte par les médias, intervient alors que son Parti travailliste traverse des turbulences internes et que la rue londonienne a récemment été secouée par une manifestation d’extrême droite de grande ampleur.
Surtout, la visite relance la « relation spéciale » entre Londres et Washington. Donald Trump, particulièrement réceptif aux égards qui lui ont été réservés, a multiplié les déclarations d’amitié, décrivant un « lien indéfectible ».
Entre l’Europe et Washington
Depuis le Brexit, la diplomatie britannique oscille entre ses partenaires européens, un Commonwealth en perte de vitesse et une alliance transatlantique qu’elle tente de renforcer. « Historiquement, les Britanniques se placent dans le sillage des Américains, tandis que les États-Unis affichent souvent une certaine indifférence. Cette fois, Trump s’est montré sensible au cérémonial et aux flatteries », souligne Lauric Henneton.
Un succès d’image donc, davantage qu’un succès commercial, mais qui permet à Keir Starmer de se présenter comme l’homme capable de dialoguer avec un Donald Trump imprévisible et d’inscrire son pays dans une alliance stratégique de long terme.
