Sanseito, la nouvelle force d’extrême droite qui bouleverse la politique japonaise
Tokyo – Longtemps considéré comme un acteur marginal, Sanseito s’est imposé comme la quatrième force d’opposition à la Chambre haute après les élections sénatoriales du 20 juillet. Avec ses 14 sièges remportés, contre un seul auparavant, le jeune parti d’extrême droite devient un acteur incontournable dans un paysage politique nippon dominé depuis plus de 70 ans par le Parti libéral-démocrate (PLD).
Derrière cette ascension fulgurante, un homme : Sohei Kamiya, ex-membre du PLD, devenu figure charismatique du populisme japonais. Porté par les réseaux sociaux en pleine pandémie, il a bâti son image sur un discours antivaccin, complotiste et xénophobe, séduisant une jeunesse en quête de repères et des électeurs frustrés par l’immobilisme des partis traditionnels.
Immigration et identité au cœur du discours
Le parti concentre son programme sur l’immigration, devenue un sujet sensible dans un pays historiquement homogène. Le nombre d’étrangers a doublé en dix ans pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre, tandis que l’explosion du tourisme a transformé les grandes métropoles japonaises. Sanseito dénonce une société « dénaturée » et promet un retour à un Japon centré sur ses valeurs traditionnelles.
Mais son programme va plus loin : opposition au mariage homosexuel, refus de l’égalité des genres, révision de la Constitution pacifiste et remilitarisation. Un cocktail idéologique qui séduit une frange de la population inquiète du déclin économique et démographique.
Un populisme à la japonaise
« Sanseito a su capter l’angoisse d’un pays en perte de vitesse économique et sociale », analyse le sociologue César Castellvi (Université Paris-Cité). Dans un Japon où 40 % des travailleurs occupent des emplois précaires et où l’inflation rogne les revenus, le discours du parti trouve un écho puissant.
Chez les jeunes, le succès est notable : 20 % des 18-19 ans ont voté Sanseito en 2025, selon Kyodo News. « Ce n’est pas la jeunesse qui est allée vers Sanseito, c’est Sanseito qui a su l’atteindre grâce à une communication numérique agressive », poursuit Castellvi.
Un phénomène global
Avec son slogan « Nihonjin First » (« Les Japonais d’abord »), directement inspiré du « America First » de Donald Trump, Sanseito s’inscrit dans la vague mondiale de montée des extrêmes droites populistes, de l’AfD allemande au RN français. Mais sa particularité réside dans sa posture antisystème et complotiste, loin des mouvances ultranationalistes traditionnelles souvent intégrées au PLD.
Vers une recomposition politique ?
Reste une question centrale : ce succès est-il durable ? Certains analystes y voient une conjoncture temporaire, nourrie par la disparition de Shinzo Abe et l’affaiblissement des courants nationalistes internes au PLD. D’autres estiment que la percée de Sanseito oblige déjà les partis traditionnels à durcir leur discours sur l’immigration et la sécurité, entraînant une surenchère dangereuse pour le débat public.
Quoi qu’il en soit, Sanseito est désormais installé au Parlement et ne se contente plus de troubler le jeu : il redéfinit les contours de la droite japonaise, au risque d’ancrer dans l’espace politique un discours populiste et xénophobe jusqu’ici marginalisé.
