Présidentielle ivoirienne : le gouvernement interdit les manifestations pour deux mois, sauf pour les candidats en lice
À une semaine du scrutin présidentiel prévu le 25 octobre, la tension politique monte en Côte d’Ivoire. Le gouvernement a annoncé, vendredi soir, une interdiction de toute manifestation ou meeting politique pour une durée de deux mois, à l’exception de ceux organisés par les cinq candidats officiellement qualifiés à l’élection.
Cette décision, prise conjointement par les ministères de l’Intérieur et de la Défense, intervient dans un climat politique particulièrement électrique, marqué par des manifestations de l’opposition et plusieurs centaines d’arrestations ces derniers jours.
Une opposition muselée et des tensions persistantes
Depuis le rejet par le Conseil constitutionnel des candidatures de Laurent Gbagbo (PPA-CI) et Tidjane Thiam (PDCI), les deux principales forces d’opposition réunies au sein du Front Commun, le ton est monté. Les deux leaders contestent la candidature à un quatrième mandat du président sortant Alassane Ouattara, qu’ils jugent inconstitutionnelle.
Les appels à manifester lancés ces derniers jours par leurs partisans ont conduit à près de 700 arrestations en une semaine, selon le procureur de la République. Jeudi, 26 manifestants ont été condamnés à trois ans de prison pour « troubles à l’ordre public ».
Une interdiction élargie et des sanctions annoncées
L’arrêté conjoint publié vendredi élargit l’interdiction des rassemblements à « toute manifestation ou meeting des partis ou groupements politiques », à l’exception des événements organisés dans le cadre de la campagne officielle.
Les autorités préviennent que tout contrevenant s’expose à des poursuites judiciaires.
Cette mesure vise, selon le gouvernement, à préserver la sécurité publique et à éviter les affrontements entre partisans de camps rivaux. Cependant, plusieurs observateurs y voient un durcissement du régime à l’approche du scrutin.
Une présidentielle à haut risque
Face à Alassane Ouattara, au pouvoir depuis 2011 et favori de cette élection, quatre autres candidats sont en lice :
- Jean-Louis Billon, ancien ministre du Commerce et dissident du PDCI ;
- Simone Ehivet Gbagbo, ex-première dame et figure de la mouvance Gbagbo ;
- Ahoua Don Mello, ancien ministre et ancien proche de Laurent Gbagbo ;
- Henriette Lagou, seule femme en compétition, déjà candidate en 2015.
Alors que la campagne bat son plein, cette décision d’interdiction des manifestations apparaît comme un coup de frein aux mobilisations de l’opposition, déjà fragilisée par l’exclusion de ses principaux leaders.
À quelques jours du scrutin, la Côte d’Ivoire s’avance vers une présidentielle tendue, sur fond de frustrations politiques et de crispations sécuritaires.
