Afghanistan : plus de dix civils tués dans de violents affrontements à la frontière avec le Pakistan

Afghanistan : plus de dix civils tués dans de violents affrontements à la frontière avec le Pakistan

Les tensions persistent entre Kaboul et Islamabad. Plus de dix civils ont été tués et une centaine blessés lors d’affrontements meurtriers survenus dans la nuit de mardi à mercredi à la frontière afghano-pakistanaise, dans la région de Spin Boldak, selon des responsables afghans. Ces violences ravivent les inquiétudes quant à une escalade militaire entre les deux pays voisins, déjà marqués par des décennies de méfiance et de conflits frontaliers.

Des civils pris au piège des tirs croisés

Selon Ali Mohammad Haqmal, porte-parole du département de l’Information de Spin Boldak, 15 civils ont perdu la vie après l’échange de tirs et de bombardements au mortier survenus dans la zone frontalière. Le docteur Abdul Jan Barak, un responsable de l’hôpital du district, a confirmé ce bilan auprès de l’AFP, précisant que plus de 80 femmes et enfants figuraient parmi les blessés.

Des témoins sur place rapportent des scènes de panique et des familles cherchant refuge loin de la ligne frontalière. Les explosions ont touché plusieurs habitations et commerces, transformant une zone déjà fragile en champ de ruines.

Kaboul accuse, Islamabad se défend

Le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid, a accusé les forces pakistanaises d’avoir mené « une fois de plus » des attaques délibérées sur le territoire afghan, utilisant « des armes légères et lourdes » contre la population de Spin Boldak.
De son côté, l’armée pakistanaise affirme avoir riposté à des tirs venus du côté afghan, et fait état de 15 à 20 combattants talibans tués et de nombreux blessés dans les affrontements.

Cette version contradictoire illustre la spirale de méfiance entre les deux pays, chacun rejetant la responsabilité de l’escalade.

Une frontière en tension permanente

Le poste-frontière de Spin Boldak, reliant la province afghane de Kandahar à la ville pakistanaise de Chaman, est un point névralgique du commerce régional — mais aussi un foyer récurrent de tensions. Depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, plusieurs incidents similaires ont éclaté, souvent liés à la construction de barrières frontalières ou à des différends sur la démarcation de la ligne Durand, tracée à l’époque coloniale britannique et jamais reconnue par Kaboul.

Crainte d’une escalade régionale

Ces nouveaux affrontements surviennent dans un contexte où les relations entre les deux pays se sont nettement dégradées. Islamabad accuse régulièrement Kaboul de laisser opérer sur son sol des groupes armés anti-pakistanais, notamment le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP). Les autorités afghanes, elles, dénoncent des bombardements répétés et des violations de souveraineté de la part du Pakistan.

Les observateurs internationaux redoutent qu’une nouvelle flambée de violence n’entraîne un exode de civils et n’aggrave la crise humanitaire déjà dramatique en Afghanistan, où des millions de personnes vivent sous assistance internationale.

Un fragile équilibre

Alors que les deux gouvernements affirment vouloir éviter une guerre ouverte, la situation sur le terrain reste explosive. Les appels au calme et à la retenue de la communauté internationale se multiplient, mais les échanges d’accusations laissent entrevoir un dialogue gelé et une frontière toujours sous tension.

Pour les habitants de Spin Boldak, pris entre deux armées, c’est une nouvelle tragédie dans un quotidien marqué par la peur, la pauvreté et l’incertitude.

Seune Cheikh FAYE

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