Côte d’Ivoire : des milliers d’opposants défilent à Abidjan, la tension politique menace la stabilité économique régionale

Côte d’Ivoire : des milliers d’opposants défilent à Abidjan, la tension politique menace la stabilité économique régionale

À moins de trois mois de l’élection présidentielle ivoirienne prévue le 25 octobre, plusieurs milliers de militants d’opposition ont défilé samedi 9 août dans les rues d’Abidjan pour dire « Non à un quatrième mandat » du président sortant Alassane Ouattara. Ce rassemblement, organisé par le PDCI et le PPA-CI, illustre un climat politique tendu, avec un risque grandissant de déstabilisation aux lourdes conséquences économiques pour la Côte d’Ivoire et l’ensemble de la sous-région ouest-africaine.

Le président Ouattara, au pouvoir depuis 2011, a confirmé fin juillet sa candidature controversée à un quatrième mandat, alors que plusieurs figures majeures de l’opposition, dont Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, ont été exclues du scrutin. Ce contexte électoral conflictuel est marqué par des accusations de harcèlement judiciaire et d’arrestations ciblées, amplifiant le malaise politique.

Un climat d’incertitude qui pèse sur l’économie ivoirienne

La Côte d’Ivoire, moteur économique de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), bénéficie traditionnellement d’une croissance robuste, portée par ses secteurs agricoles – notamment le cacao, dont elle est le premier producteur mondial –, ses infrastructures et son rôle de hub logistique régional. La Banque africaine de développement prévoyait pour 2025 une croissance avoisinant les 6,4 %.

Pourtant, l’instabilité politique actuelle suscite des inquiétudes grandissantes chez les investisseurs locaux et internationaux. L’incertitude liée à la tenue d’élections libres et équitables pourrait freiner les investissements directs étrangers, essentiels au développement des secteurs clés, et perturber les chaînes d’approvisionnement. De surcroît, un climat social tendu risque d’accroître les coûts du crédit et de dégrader la confiance des acteurs économiques.

Répercussions régionales

Au-delà des frontières ivoiriennes, les troubles pourraient déstabiliser toute la sous-région. En tant que pivot commercial et financier, la Côte d’Ivoire joue un rôle vital pour les échanges dans l’UEMOA. Une crise prolongée risquerait de perturber la circulation des biens et des capitaux, fragilisant des économies déjà confrontées à des défis structurels, tels que la dépendance aux matières premières et la vulnérabilité aux chocs externes.

Les partenaires internationaux, dont l’Union européenne et la Banque mondiale, appellent à un apaisement politique rapide pour préserver la stabilité macroéconomique et éviter un recul des acquis économiques régionaux.

L’opposition maintient la pression

Lors du rassemblement de samedi à Yopougon, bastion de l’opposition, les manifestants ont scandé « Non à un quatrième mandat ! » et « Trop c’est trop ! ». Le président du PPA-CI, Laurent Gbagbo, exclu de la course électorale, doit tenir un grand meeting le 16 août. Pour le vice-président du PDCI, Noël Akossi Bendjo, il faut « maintenir la pression jusqu’à la fin », avertissant que le pays « ne peut pas aller dans le mur ».

Ce bras de fer politique soulève une interrogation majeure : la stabilité de la Côte d’Ivoire et celle de la sous-région pourront-elles être préservées dans un contexte de forte polarisation politique et de fragilité économique ?

Babacar DIOP

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