Gaza : pour Gershon Baskin, le désarmement du Hamas est une « question très exagérée »
Alors que la communauté internationale débat des conditions du cessez-le-feu à Gaza et du futur désarmement du Hamas, le négociateur israélien Gershon Baskin tempère. Pour celui qui a œuvré depuis plus de quarante ans dans les coulisses du dialogue israélo-palestinien, cette question est aujourd’hui « très exagérée » et ne reflète plus la réalité du terrain.
Un acteur clé du dialogue israélo-palestinien
Gershon Baskin n’est pas un inconnu dans les cercles diplomatiques. Conseiller officieux de plusieurs gouvernements israéliens, il a notamment joué un rôle central dans la libération du soldat Gilad Shalit en 2011, après cinq ans de captivité à Gaza. Depuis, il continue d’entretenir des canaux de communication avec des représentants du Hamas et des diplomates américains, dans un effort constant de médiation.
Dans un entretien accordé à Frédérique Misslin, correspondante en Israël, le négociateur explique que la priorité n’est pas au désarmement mais à la stabilisation politique et sécuritaire du territoire :
« Tout le monde crie parce que le Hamas descend dans la rue avec des armes. Mais regardons la réalité en face : ils n’ont plus d’armée. Pas de chars, pas d’artillerie, très peu de roquettes. Ils ne représentent plus une menace militaire réelle », affirme-t-il.
« Israël a armé des chefs de guerre »
Baskin brosse un tableau complexe de la situation interne à Gaza. Selon lui, le Hamas s’est engagé récemment dans une lutte interne contre des milices incontrôlées :
« Ils exécutent des gangs, des barons de la drogue et des chefs de guerre qu’Israël a payés et armés. Israël utilise des ‘méchants’ pour combattre d’autres ‘méchants’. C’est une spirale qui doit cesser. »
Le médiateur souligne que plus de deux millions de Gazaouis aspirent avant tout à la paix et à la reconstruction :
« Ils ne veulent pas d’une guerre civile. Ce qu’il faut, c’est un gouvernement palestinien légitime, une force de police encadrée et, surtout, une présence internationale pour garantir la sécurité. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’on pourra sérieusement parler de désarmement. »
L’Union européenne prête à s’impliquer
Sur le plan diplomatique, le désarmement du Hamas est pourtant au cœur du plan de paix pour Gaza présenté par le président américain Donald Trump. Selon un document consulté par l’AFP, l’Union européenne envisage de fournir un appui financier et technique pour accompagner ce processus.
Les Vingt-Sept se réuniront le 20 octobre à Luxembourg pour discuter du rôle que l’Europe pourrait jouer dans la phase post-trêve. L’objectif : financer, encadrer et superviser le désarmement, tout en soutenant la mise en place d’une nouvelle gouvernance palestinienne à Gaza.
Ce plan en vingt points prévoit également une amnistie pour les combattants du Hamas acceptant de déposer les armes, ainsi que la création d’un corps de sécurité unifié sous supervision internationale.
Une trêve fragile, un avenir incertain
Sur le terrain, le cessez-le-feu reste précaire, ponctué de violations et de tensions sporadiques. Pour Gershon Baskin, il s’agit néanmoins d’une étape cruciale vers la fin du cycle de violence :
« Le désarmement viendra après la reconstruction et la réconciliation. Pas avant. Tant que les Gazaouis vivront dans la peur et la pauvreté, aucune paix durable ne sera possible. »
Entre enjeux sécuritaires, calculs politiques et diplomatie internationale, Gaza reste au centre d’un fragile équilibre où chaque initiative, même pacifique, révèle la complexité d’un conflit sans fin.
