Guinée-Bissau : Grève d’un mois des juges menacée, la justice en état d’alerte
Le système judiciaire bissau-guinéen pourrait être totalement paralysé en septembre. Le Collectif des syndicats de magistrats judiciaires et du ministère public a annoncé, ce vendredi, un préavis de grève de 30 jours, du 1er au 30 septembre, afin de dénoncer les conditions de travail jugées « inacceptables » dans les tribunaux du pays.
Un bras de fer entamé depuis janvier
Dans une interview accordée à la radio Sol Mansi, le président du collectif, Henrique Augusto Pinhel, a rappelé que la décision est la conséquence de l’inaction du gouvernement.
« Depuis janvier, cela fait sept mois que le gouvernement n’a pas répondu à nos revendications constantes. C’est pourquoi les trois syndicats du secteur ont décidé de maintenir une grève de 30 jours », a-t-il déclaré.
Le collectif regroupe l’Association syndicale des magistrats judiciaires (ASMAGUI), l’Association syndicale libre des magistrats du ministère public (ASILMAMP-GB) et le Syndicat des magistrats du ministère public (SIMAMP).
Une paralysie totale annoncée
Selon les magistrats, une grève d’une telle ampleur aura des répercussions directes sur des dossiers sensibles.
« Les procédures urgentes, les exécutions de peines, les détentions préventives et les autorisations de voyage pour les mineurs seront compromises », a averti Henrique Augusto Pinhel.
Déjà affaibli, le secteur judiciaire vit une crise chronique. Quatre tribunaux de Bissau sont aujourd’hui inopérants faute de moyens. « On ne peut pas s’attendre à ce que les magistrats rendent la justice sans que l’État assure le fonctionnement de base des tribunaux », a martelé le syndicaliste.
Une justice paralysée, des conséquences multiples
L’impact d’une grève d’un mois pourrait être considérable. En premier lieu, la détention préventive de nombreux justiciables risque de se prolonger au-delà des délais légaux, ouvrant la voie à des contestations pour violation des droits humains.
Ensuite, le blocage des exécutions de peines fragiliserait l’autorité de l’État, donnant l’image d’une justice incapable d’appliquer ses propres décisions. Cela pourrait également alimenter un sentiment d’impunité au sein de la population.
Par ailleurs, la suspension des procédures liées aux mineurs compromettrait la protection des enfants, un domaine particulièrement sensible dans un pays où la migration et la traite des mineurs restent des préoccupations récurrentes.
Enfin, sur le plan institutionnel, cette grève prolongée met en lumière le malaise persistant entre l’exécutif et la magistrature. Elle pourrait accentuer la crise de confiance des citoyens envers l’appareil judiciaire, déjà critiqué pour sa lenteur et son manque d’indépendance.
Un test pour le gouvernement
Face à cette menace, l’exécutif se retrouve devant un dilemme : engager un dialogue rapide pour désamorcer le conflit ou risquer une paralysie qui ternirait davantage l’image du pays sur la scène internationale.
Car au-delà des frontières, la Guinée-Bissau, où l’État de droit reste fragile, ne peut se permettre un blocage prolongé de sa justice. Une telle crise risquerait de freiner la coopération internationale, notamment dans les domaines de la lutte contre le trafic de drogue et du renforcement des institutions.
