L’Afrique séduit les investisseurs de l’IA avec 1,25 milliard $ en six ans

L’Afrique séduit les investisseurs de l’IA avec 1,25 milliard $ en six ans

Les jeunes pousses africaines spécialisées dans l’intelligence artificielle (IA) ont levé un total de 1,25 milliard de dollars entre janvier 2019 et mars 2025, selon un rapport publié le 1er septembre par Heirs Technologies, une société nigériane engagée dans la transformation numérique du continent.

L’hégémonie des « Big Four »

Sans surprise, l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya et l’Égypte – les « Big Four » de la tech africaine – concentrent plus de 86 % des capitaux levés, soit près de 1,08 milliard $.

  • Afrique du Sud : 495,5 millions $, en tête grâce à des solutions appliquées à l’optimisation énergétique, à l’analyse client et aux infrastructures.
  • Nigeria : 226,1 millions $, porté par des start-up santé et fintech.
  • Kenya : 197,1 millions $, notamment dans l’agriculture intelligente et la logistique.
  • Égypte : 161,1 millions $, grâce à des projets d’IA appliqués à la finance et à la robotique.

Cette domination s’explique par des politiques nationales plus favorables, des infrastructures cloud relativement robustes, un vivier de talents qualifiés et la présence de réseaux d’investisseurs plus structurés.

Des pôles émergents au-delà des leaders

Derrière ces champions, des pays comme le Maroc, la Tunisie ou le Ghana font leur percée. La Tunisie s’est particulièrement illustrée avec InstaDeep, rachetée par l’allemand BioNTech en janvier 2023 pour plus de 550 millions $, une acquisition record qui a mis en lumière la capacité du continent à produire des solutions IA de rang mondial. Fondée en 2014 par Karim Beguir et Zohra Slim, la start-up s’était distinguée en développant un système de détection précoce des variants du coronavirus.

D’autres jeunes pousses se démarquent, telles que Xolani Health (Nigeria) dans le diagnostic médical, NeedEnergy (Zimbabwe) dans les systèmes énergétiques intelligents, ou encore Plentify (Afrique du Sud) dans la gestion de l’énergie domestique.

Des investisseurs globaux au rendez-vous

La dynamique est portée par une base d’investisseurs diversifiée. Des géants internationaux comme Google Ventures, Norrsken et Techstars multiplient les participations, tandis que des fonds africains tels que Launch Africa, Future Africa, LoftyInc, AfricInvest et 54 Collective jouent un rôle déterminant dans le financement en amorçage.

Un marché encore petit mais prometteur

Le marché africain de l’IA est estimé à 4,5 milliards $ en 2025, soit seulement 1,85 % du marché mondial. Mais les perspectives sont considérées comme très favorables. Plus de 20 pays africains ont adopté des stratégies nationales pour le développement de l’IA, misant notamment sur les petits modèles linguistiques (SLM), capables de déployer des solutions légères et peu coûteuses dans des secteurs clés comme l’agriculture, la santé et l’éducation.

Avec des besoins pressants en innovation et un écosystème de plus en plus soutenu par les capitaux, l’Afrique s’impose peu à peu comme un terrain fertile pour l’IA, où la prochaine licorne pourrait bien émerger.

Fanny CISSOKHO

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