De la préhistoire monétaire à la BCEAO : plus de deux siècles d’histoire de la monnaie en Afrique de l’Ouest
L’histoire monétaire de l’Afrique de l’Ouest est bien plus ancienne que la création du franc CFA. Elle plonge ses racines dans les systèmes d’échange précoloniaux, bien avant l’apparition des billets et des pièces. Le Musée de la monnaie de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) retrace cette longue évolution, depuis le troc jusqu’à la naissance de l’institution monétaire régionale en 1962.
Avant la monnaie : le temps du troc et des unités de valeur
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, les populations ouest-africaines réalisaient leurs échanges essentiellement par le troc. Les marchandises étaient échangées selon un accord entre les parties, tandis que certains objets servaient progressivement d’unités de valeur. Les cauris, les pains de sel ou encore les poids servant à mesurer la poudre d’or constituaient les principaux instruments d’échange dans les grands réseaux commerciaux de la région.
Le commerce de l’or occupait alors une place centrale. Les peuples Akan avaient développé un système sophistiqué de pesée reposant sur de petits poids en bronze, souvent représentés sous des formes animales. Parmi eux figurait le poisson-scie, devenu au fil du temps un symbole de prospérité et de richesse, avant d’être adopté plusieurs décennies plus tard comme l’un des emblèmes de la BCEAO.
1853 : la création de la Banque du Sénégal
L’introduction de la monnaie fiduciaire marque un tournant majeur. En 1853, les autorités coloniales créent la Banque du Sénégal, premier établissement bancaire autorisé en Afrique occidentale française à exercer simultanément les fonctions de banque commerciale et d’institut d’émission. Elle accordait des crédits, recevait des dépôts et assurait également la fabrication ainsi que la mise en circulation des billets de banque.
Les premiers billets reflètent alors l’influence de la métropole française. Leur iconographie s’inspire de références européennes et comporte déjà plusieurs dispositifs destinés à lutter contre la contrefaçon, preuve que la sécurité de la monnaie constituait une préoccupation dès les premières émissions.
1901 : naissance de la Banque de l’Afrique Occidentale
Après près d’un demi-siècle d’activité, la Banque du Sénégal disparaît en 1901 au profit de la Banque de l’Afrique Occidentale (BAO). Cette évolution accompagne l’extension de l’administration coloniale française vers de nouveaux territoires, notamment le Dahomey (actuel Bénin) et la Guinée. La BAO devient alors le principal institut d’émission de l’Afrique occidentale française.
Au fil de ses différentes séries de billets, la BAO introduit plusieurs innovations, notamment le filigrane, toujours présent sur les billets actuels, ainsi que des illustrations davantage inspirées des réalités africaines. Les inscriptions en arabe figurant au verso des billets répondaient principalement à une volonté de faciliter leur appropriation par les populations, dans un contexte où cette langue constituait un important vecteur d’alphabétisation commerciale.
1955-1959 : les prémices d’une monnaie africaine
L’histoire monétaire s’accélère dans les années 1950. En 1955, l’Institut d’émission de l’Afrique occidentale française et du Togo remplace progressivement la BAO dans ses fonctions d’émission monétaire. Quelques années plus tard, en 1959, les États nouvellement autonomes créent la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) afin de préparer la gestion d’une politique monétaire commune.
1962 : naissance officielle de la BCEAO
Le 12 mai 1962, le traité instituant l’Union monétaire ouest-africaine entre en vigueur et confère officiellement à la BCEAO son rôle de banque centrale commune des États membres. L’institution devient responsable de l’émission du franc CFA, de la conduite de la politique monétaire et de la stabilité financière de l’Union. Le Musée de la monnaie présente cette date comme le point d’aboutissement d’un long processus historique entamé plusieurs siècles auparavant avec les premiers systèmes d’échange.
2002 : un musée pour préserver la mémoire monétaire
Afin de transmettre cette histoire aux nouvelles générations, la BCEAO inaugure en 2002 son Musée de la monnaie, à l’occasion du 40ᵉ anniversaire de l’institution. Le parcours permet de découvrir l’évolution des moyens de paiement, depuis le troc et les cauris jusqu’aux billets contemporains, en passant par les différentes institutions d’émission qui ont façonné l’histoire monétaire de l’Afrique de l’Ouest.
DM /AGM
