Sénégal : Huit chirurgiens pour 18 millions d’habitants le cri d’alarme d’un chirurgien

Sénégal : Huit chirurgiens pour 18 millions d’habitants le cri d’alarme d’un chirurgien

Le Sénégal compte à peine huit chirurgiens cardiovasculaires pour plus de 18 millions d’habitants. Une réalité alarmante qui prive chaque année des centaines de patients d’un accès à des soins vitaux. Trop de jeunes meurent, trop de familles sont brisées, faute de moyens techniques ou financiers.

Face à cette urgence silencieuse, le Dr Maguette Ba, chirurgien cardiovasculaire sénégalais, a décidé de prendre la plume. Dans une lettre adressée au Premier ministre Ousmane Sonko, datée du 3 février 2025, il plaide pour la création d’un centre public national de chirurgie cardiaque, afin d’assurer la souveraineté sanitaire du pays dans ce domaine.

Une lettre qui sonne comme un cri d’alarme

« Votre foi en notre pays et à son développement souverain m’a fait prendre le pari de vous écrire », commence le Dr Ba. Après un parcours dans plusieurs centres hospitaliers en France, il dit revenir régulièrement à Dakar pour réaliser des opérations au sein de la clinique du Cap. Mais ces missions ponctuelles ne suffisent plus face à l’ampleur de la demande.

« C’est bien peu, quelque pénible qu’il me soit de le reconnaître, au vu de la demande et des énormes défis que ces nouvelles maladies nous posent. Ainsi, je souhaiterais, avec votre appui, élargir cette offre de soins en mettant en place un deuxième centre de chirurgie cardiaque dans un hôpital public. »

Le praticien insiste : ce futur centre pourrait non seulement répondre à l’attente des nombreux malades du cœur, mais aussi prendre en charge des pathologies lourdes comme les dissections aortiques, évitant ainsi des évacuations sanitaires coûteuses à l’étranger.

Une question de souveraineté sanitaire

Pour Dr Ba, l’enjeu dépasse la simple disponibilité d’infrastructures. Il s’agit de renforcer l’indépendance du pays face aux défis sanitaires :

« Au fil de mes longues années d’apprentissage et d’exercice, j’ai acquis une grande expérience que je souhaite mettre au service de notre pays et de sa souveraineté sanitaire. Je reste persuadé qu’avec l’appui de nos autorités, nous pourrons réaliser des prouesses techniques déterminantes qui feront rayonner notre pays. »

Une urgence nationale

Aujourd’hui, le Sénégal ne dispose que d’un seul centre de chirurgie cardiaque fonctionnel, insuffisant pour couvrir l’ensemble des besoins. Entre les valvulopathies, les pontages coronariens ou encore les dissections aortiques, les listes d’attente s’allongent. Beaucoup de malades, faute de ressources pour une évacuation sanitaire, meurent dans l’ombre.

Dans un contexte où le gouvernement affiche une ambition de souveraineté dans plusieurs secteurs stratégiques, la lettre du Dr Maguette Ba apparaît comme un appel pressant à agir dans un domaine où chaque minute compte : sauver des vies.

Reste à savoir si cet appel trouvera un écho auprès des autorités, et si le Sénégal fera le choix de bâtir les infrastructures nécessaires pour offrir à ses citoyens un accès digne et équitable à la chirurgie cardiaque.

Madior DIAGNE

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