Mali : entre attaques ciblées et risque de blocus, l’armée veut rassurer

Mali : entre attaques ciblées et risque de blocus, l’armée veut rassurer

Au Mali, les autorités militaires tentent de rassurer face à une inquiétude grandissante : celle d’un isolement progressif de la capitale. Après une série d’attaques revendiquées ou attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, affilié à Al-Qaïda), les routes stratégiques reliant Bamako à l’ouest du pays sont devenues la cible privilégiée des djihadistes. Les assauts répétés contre les convois de carburant et de marchandises soulèvent la crainte d’un blocus économique aux conséquences potentiellement dévastatrices.

Des axes routiers vitaux sous pression

Les incidents les plus récents se sont produits sur les tronçons Kayes-Sandaré et Sandaré-Diéma, où des camions-citernes transportant du carburant ont été incendiés. Ces attaques, au-delà des pertes matérielles, menacent directement l’approvisionnement en énergie et en denrées de la capitale. « La situation sécuritaire est relativement calme. Cependant, elle est marquée par des attaques ciblées de groupes armés terroristes sur les grands axes routiers », a reconnu mardi 16 septembre le général Makan Alassane Diarra, sous-chef des opérations à l’état-major général des armées.

Une réponse militaire affichée

Les forces armées maliennes affirment avoir répliqué par des « ripostes vigoureuses », mobilisant à la fois des troupes au sol et des raids aériens. Bamako entend ainsi projeter une image de fermeté et de résilience, à destination de la population mais aussi des opérateurs économiques, directement visés par ces tentatives de paralysie. « Les forces armées sont disponibles, que cela soit sur les axes routiers ou au niveau des sites industriels », a insisté le général Diarra.

Le poids de la guerre asymétrique

Ces attaques illustrent la capacité d’adaptation du Jnim, qui semble vouloir privilégier une stratégie d’usure économique plutôt qu’une confrontation directe. Dans un pays enclavé comme le Mali, où les corridors routiers constituent l’unique respiration vers les ports de Dakar ou Conakry, la menace d’un blocus prend une dimension géopolitique majeure. Elle fragilise non seulement Bamako mais aussi les partenaires régionaux, au moment où les équilibres sécuritaires du Sahel sont déjà bouleversés par la recomposition diplomatique entre les pays de l’AES (Mali, Niger, Burkina Faso) et leurs relations tendues avec la CEDEAO.

Une équation aux multiples inconnues

Si l’armée malienne promet d’assurer la sécurité des échanges commerciaux, la multiplication des attaques met en lumière les limites d’un contrôle total du territoire. Les populations, déjà éprouvées par l’inflation et la rareté de certaines denrées, redoutent que le conflit asymétrique n’atteigne un nouveau palier : celui de la pression économique directe. Dans un contexte marqué par l’isolement diplomatique du Mali et la persistance de la menace djihadiste, Bamako devra démontrer sa capacité à protéger ses corridors vitaux, faute de quoi le spectre d’un blocus pourrait devenir réalité.

Seune Cheikh FAYE

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