« Victoire des ONG : un traité mondial pour protéger la haute mer »

« Victoire des ONG : un traité mondial pour protéger la haute mer »

Un nouvel espoir pour les océans. Le traité de protection de la haute mer entrera officiellement en vigueur dans 120 jours, après avoir atteint vendredi 19 septembre le seuil de 60 ratifications nécessaires. Pour la première fois, les eaux internationales – qui couvrent plus de la moitié de la surface de la Terre – disposeront d’un cadre juridique contraignant. Une avancée qualifiée d’« historique » par les ONG environnementales, qui militent depuis plus de quinze ans pour protéger ce gigantesque patrimoine commun de l’humanité.

« C’est l’aboutissement d’années de lutte diplomatique, scientifique et citoyenne. Nous sommes tellement ravis que ce traité voie enfin le jour », s’enthousiasme Nathalie Rey, coordinatrice européenne de la High Sea Alliance. Longtemps laissée à la merci des flottes industrielles et des puissances maritimes, la haute mer est souvent décrite par les défenseurs de l’environnement comme un « Far West océanique ».


Un tournant majeur pour l’océan

Pour Greenpeace, l’adoption de ce texte est une victoire planétaire. « C’est la plus grande avancée environnementale de la décennie. Elle montre que, même dans un contexte géopolitique tendu, les nations peuvent s’unir pour sauver les océans », estime Lukas Meus, expert de la campagne mondiale pour les océans. Le WWF salue également « une avancée monumentale », rappelant que les deux tiers des océans échappaient jusqu’ici à toute régulation internationale.

L’objectif est clair : protéger au moins 30 % des océans d’ici 2030, en créant des sanctuaires marins sur le modèle des aires protégées terrestres. Concrètement, cela implique de sanctuariser plus de 12 millions de km² par an dans les cinq prochaines années – soit une superficie supérieure à celle du Canada.


Un combat loin d’être gagné

Les ONG restent cependant prudentes. « Les gouvernements doivent dès maintenant préparer la mise en œuvre, définir les règles et mettre en place des organes de gouvernance », avertit Nathalie Rey. Greenpeace insiste de son côté sur la nécessité d’agir vite, sans céder aux lobbys. « Les organisations régionales de pêche défendront leurs intérêts. Les États ne doivent pas se reposer sur l’industrie qui a déjà détruit des pans entiers de biodiversité », prévient Lukas Meus.

Actuellement, moins de 1 % de la haute mer est réellement protégée. Un chiffre dérisoire, selon Bloom, qui appelle les gouvernements à aller plus loin : « On ne peut pas se contenter du BBNJ. Les États doivent aussi instaurer des aires marines protégées dans leurs propres eaux, là où 90 % des captures de pêche ont lieu. »


L’océan au cœur des prochaines décennies

Pour les ONG, ce traité est une victoire diplomatique mais surtout un point de départ. Les futures « COP Océan », calquées sur les COP climat, devront arbitrer les propositions de sanctuaires marins et assurer leur financement. « Le temps presse », martèlent les défenseurs des océans, qui voient dans ce texte une chance unique de préserver le poumon bleu de la planète.

D’ici janvier prochain, lorsque le traité entrera en vigueur, les regards se tourneront vers les États : seront-ils capables de transformer cette promesse historique en une véritable révolution pour la haute mer ?

Seune Cheikh FAYE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *