Canal+ : Une domination, mille interrogations
Le groupe français Canal+ a annoncé, ce lundi 22 septembre, l’acquisition définitive de Multichoice, géant sud-africain de la télévision et du streaming, concluant une opération amorcée il y a près de deux ans. Ce rachat, le plus important jamais réalisé par Canal+, fait du groupe le leader de l’audiovisuel en Afrique, désormais présent dans 70 pays à travers l’Afrique, l’Europe et l’Asie, avec plus de 40 millions d’abonnéset 17 000 salariés.
Déjà dominant sur les marchés francophones du continent, Canal+ contrôle désormais aussi le premier opérateur de télévision payante en Afrique anglophone et lusophone. Une stratégie d’expansion qui réjouit la direction du groupe. « Cette acquisition consolide notre position de leader en Afrique, l’un des marchés de télévision payante les plus dynamiques au monde », s’est félicité Maxime Saada, président du groupe Canal+.
Une stratégie d’influence, mais à quel prix ?
Si cette opération renforce l’influence de Canal+ en Afrique, elle suscite aussi des interrogations croissantes. Derrière l’enthousiasme commercial, plusieurs observateurs dénoncent une prise de contrôle progressive de l’écosystème médiatique africain par des groupes étrangers, au détriment de la production locale, de la diversité culturelle et de la souveraineté des contenus.
Multichoice, basé à Johannesburg, opérait jusqu’ici de manière relativement autonome, avec des contenus adaptés à des audiences locales. Son absorption par Canal+, propriété du groupe Vivendi, contrôlé par Vincent Bolloré, fait craindre une centralisation des contenus, une standardisation des offres et une dépendance accrue des pays africains à un modèle économique et éditorial étranger.
Dans plusieurs pays, des voix s’élèvent également contre ce qu’ils perçoivent comme une stratégie néocoloniale déguisée : domination des infrastructures de diffusion, influence sur les récits audiovisuels, et limitation des opportunités pour les créateurs africains.
Un marché sous tension
L’Afrique représente depuis plusieurs années un terrain stratégique pour Canal+, bien plus porteur que l’Europe, où la concurrence des plateformes de streaming et l’évolution rapide des usages compliquent la croissance. En Afrique francophone, le groupe est déjà présent depuis plus de 30 ans, opérant dans 20 pays, et dominant dans 19 d’entre eux.
Le rachat de Multichoice, valorisé à environ 2,5 milliards d’euros (environ 1 640 milliards de FCFA), intervient après l’approbation du tribunal sud-africain de la concurrence en juillet. Canal+ en détenait déjà 46 % du capital et a donc finalisé son offre publique d’achat début 2024.
Si le groupe met en avant son rôle de producteur et diffuseur de contenus locaux, le contrôle croissant de l’audiovisuel africain par un acteur européen interroge sur les équilibres à préserver. Le défi, désormais, sera de prouver que cette consolidation du marché peut favoriser l’émergence de talents africainset respecter les spécificités culturelles régionales, plutôt que de les diluer dans une logique purement commerciale.
