Guinée : le projet PROTECT prépare un plan d’action national contre la traite des êtres humains

Guinée : le projet PROTECT prépare un plan d’action national contre la traite des êtres humains

La Guinée veut renforcer sa réponse face à la traite des êtres humains. À Conakry, un atelier national consacré au projet PROTECT réunit pendant deux jours des représentants des institutions publiques, des partenaires techniques et financiers, des organisations internationales et de la société civile. Objectif : examiner les résultats de trois études et définir les actions prioritaires pour améliorer l’identification des victimes, leur prise en charge et la réponse judiciaire.

Financé par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, le projet PROTECT intervient dans cinq pays du Golfe de Guinée : le Bénin, la Guinée, le Nigeria, la Sierra Leone et le Togo. Il vise à renforcer les capacités des institutions chargées de prévenir la traite, de poursuivre les auteurs et de protéger les victimes, tout en favorisant la coopération entre les pays concernés.

Des chiffres qui soulignent l’ampleur du phénomène

Les données présentées à l’ouverture de l’atelier témoignent des besoins. Selon Julien Lecas, premier conseiller à l’ambassade de France en Guinée, 114 cas de traite ont été enregistrés en 2025, contre 85 au cours du seul premier trimestre 2026. Entre 2021 et 2025, le Comité national de lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées (CNLTPPA) a mis un dispositif de protection à la disposition de 6 805 victimes. Plus de 80 % seraient des enfants et des filles, selon les chiffres communiqués.

La pauvreté, la déscolarisation et les inégalités de genre figurent parmi les facteurs de vulnérabilité. Les déplacements entre plusieurs pays compliquent aussi le travail des autorités et rendent nécessaire une coopération transfrontalière.

Les trois études examinées portent sur les formes de traite observées en Guinée, le fonctionnement de la chaîne pénale et la prise en compte des questions de genre. Les échanges doivent permettre de confronter leurs conclusions à l’expérience des acteurs de terrain et de dégager des recommandations adaptées.

Améliorer la prise en charge des victimes

La Guinée dispose déjà d’une loi spécifique contre la traite des personnes, tandis que ses textes d’application sont en cours d’élaboration. PROTECT entend accompagner les efforts nationaux en renforçant la coordination des institutions, les compétences des professionnels, la collecte des données et les mécanismes d’orientation des victimes.

Pour Aboubacar Sidiki Camara, président du CNLTPPA, les recommandations de l’atelier doivent alimenter la révision du plan d’action national de lutte contre la traite.

La protection des personnes concernées reste au cœur de cette démarche. Fatoumata Binta Diallo, cheffe de cabinet du ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités, a souligné que la lutte ne pouvait se limiter aux arrestations et aux poursuites judiciaires. Elle suppose aussi un accompagnement adapté : accès aux soins, soutien psychosocial, assistance juridique et réinsertion sociale et économique.

Une feuille de route attendue

Les travaux doivent déboucher sur des priorités opérationnelles et préciser les interventions à mener en Guinée. La coordination entre les services judiciaires, les forces de sécurité, les structures sociales, les professionnels de santé et les organisations de la société civile figure parmi les enjeux.

La prochaine étape sera de traduire les recommandations en actions concrètes, avec des responsabilités clairement définies et des moyens adaptés. C’est à cette condition que les conclusions des études pourront contribuer à améliorer durablement la prévention de la traite et la protection des victimes.

Amara CAMARA

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