Iran : l’une des plus grandes banques privées du pays, la banque Ayandeh, fait faillite
Coup de tonnerre dans le secteur financier iranien. La banque Ayandeh, l’un des plus grands établissements bancaires privés du pays, a été déclarée en faillite par les autorités ce samedi 25 octobre. Ses actifs ont été absorbés par la banque publique Melli, a annoncé la Banque centrale d’Iran, dans une décision rare qui illustre la fragilité croissante du système bancaire face aux sanctions internationales et à la crise économique persistante.
Une faillite symbolique et inquiétante
Fondée en 2012, la banque Ayandeh — dont le nom signifie « avenir » en persan — était considérée comme un pilier du secteur privé iranien. Avec un réseau de 270 agences réparties dans tout le pays et des millions de clients, elle incarnait la montée en puissance du capital privé dans une économie longtemps dominée par les institutions publiques et para-étatiques.
Mais, selon la Banque centrale, l’établissement accumulait depuis plusieurs années des pertes colossales, aggravées par une gestion jugée opaque et par la difficulté à accéder aux marchés internationaux. « La situation financière d’Ayandeh ne permettait plus d’assurer la stabilité de ses opérations ni de protéger les déposants », a déclaré un porte-parole de l’institution dans un communiqué diffusé par les médias d’État.
Une absorption par la banque publique Melli
À compter de ce samedi, la banque publique Melli — la plus ancienne et la plus importante d’Iran — prend le contrôle des comptes et des actifs de la défunte Ayandeh.
Les autorités ont tenté de rassurer la population : « Tous les déposants pourront récupérer leur épargne sans perte », a promis la Banque centrale, qui a indiqué que la transition serait « progressive et sous supervision gouvernementale ».
Cependant, cette annonce a provoqué une vague d’inquiétude parmi les clients et sur les réseaux sociaux, certains craignant une contagion à d’autres établissements privés confrontés à des problèmes de liquidités.
Le poids des sanctions et d’une économie sous pression
Cette faillite survient dans un contexte de fortes tensions économiques. Soumis depuis des années à des sanctions américaines et européennes, le système bancaire iranien souffre d’un isolement quasi total du réseau financier international. L’inflation, qui dépasse les 45 %, et la chute de la monnaie nationale, le rial, accentuent la pression sur les banques et les ménages.
Selon plusieurs économistes iraniens, la chute d’Ayandeh pourrait marquer le début d’un recentrage de l’État sur le secteur financier, au détriment du privé. « Cette faillite montre que le modèle des banques privées, introduit dans les années 2000 pour dynamiser l’économie, n’a pas résisté aux chocs externes et à la mauvaise gouvernance », analyse un expert financier cité par l’agence ILNA.
Un signal politique autant qu’économique
Au-delà des enjeux financiers, la disparition d’Ayandeh a une forte portée symbolique : elle envoie un message clair sur la volonté du gouvernement iranien de resserrer son contrôle sur le secteur bancaire, à un moment où la République islamique tente de stabiliser son économie et de contenir la grogne sociale.
Dans un pays où la méfiance envers les institutions financières reste forte, la faillite d’Ayandeh rappelle la fragilité d’un système sous double pression — interne et internationale.
Et pour beaucoup d’Iraniens, elle illustre surtout l’incertitude d’un avenir économique qui, malgré son nom, s’éloigne chaque jour un peu plus de la promesse d’« Ayandeh », l’avenir.
