Le Nigeria se dote d’un nouveau cadre fiscal pour élargir sa base d’imposition et améliorer la transparence
Le Nigeria a accomplir une avancée décisive dans la modernisation de son système fiscal. Le président Bola Tinubu a promulgué le 25 juin quatre lois majeures, scellant une réforme d’ampleur inédite depuis plusieurs décennies. Ce train de mesures, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2026, vise à rationaliser la collecte des impôts, renforcer la coopération entre les administrations et faciliter les démarches des contribuables, dans un pays où moins de 14 % du PIB provient des recettes fiscales.
Parmi les textes adoptés figure le Nigeria Tax Bill (Ease of Doing Business), destiné à réduire la multiplicité des prélèvements et à harmoniser les réglementations. « Depuis trop longtemps, notre système fiscal est un patchwork complexe, inéquitable et lourd », a déclaré le président Tinubu dans un message publié sur les réseaux sociaux. Il a promis un allègement pour les Nigérians les plus modestes et un environnement plus prévisible pour les entreprises.
Le Nigeria Tax Administration Bill crée un cadre juridique unique pour coordonner l’administration fiscale aux niveaux fédéral, étatique et local. Cette réforme est censée améliorer la cohérence des pratiques fiscales et faciliter l’échange d’informations entre les autorités.
Autre pilier, le texte instaurant le National Revenue Service (NRS) prévoit le remplacement du Federal Inland Revenue Service (FIRS) par une entité dotée de pouvoirs élargis et d’une autonomie accrue. Outre la collecte des impôts, le NRS sera également chargé des recettes non fiscales. Selon Zacch Adedeji, actuel patron du FIRS appelé à diriger le NRS, « ce délai de six mois permettra de former les administrations et de sensibiliser les contribuables ».
La quatrième loi porte sur la gouvernance fiscale. Elle institue un Joint Revenue Board chargé de favoriser la coopération intergouvernementale et introduit des mécanismes de recours, notamment un tribunal fiscal et un médiateur fiscal pour traiter les contentieux et les plaintes des contribuables.
Cette réforme ambitieuse survient alors que le Nigeria traverse sa plus grave crise économique depuis une génération. La fin des coûteuses subventions sur les carburants et la libéralisation du naira ont provoqué une flambée de l’inflation et alimenté la crise du coût de la vie. Pourtant, ces mesures ont été jugées nécessaires par de nombreux économistes, qui y voient un passage obligé pour redresser les finances publiques.
Le gouvernement espère que ce nouveau cadre contribuera à élargir la base d’imposition, à réduire la dépendance vis-à-vis du pétrole et à créer un environnement plus favorable aux affaires, dans un pays où le secteur informel occupe encore des millions de travailleurs.
Selon l’économiste Kelvin Emmanuel, basé à Abuja, ces lois pourraient faire passer le ratio impôts/PIB au-dessus de la moyenne africaine, à condition qu’elles soient appliquées avec rigueur et transparence. « Le défi n’est pas seulement d’augmenter les recettes, mais de démontrer que l’argent collecté sera dépensé de manière responsable », prévient-il.
Les nouvelles dispositions devraient également renforcer l’autonomie fiscale des collectivités locales et clarifier le partage des recettes entre États et gouvernement fédéral. Pour le président Tinubu, elles constituent une étape essentielle pour bâtir un système fiscal « plus simple, plus juste et plus productif » et restaurer la confiance des citoyens dans les institutions publiques.
