Présidentielle en Guinée : la candidature de Sidya Touré de plus en plus incertaine
Conakry, le 5 octobre 2025 — À moins de trois mois du scrutin présidentiel prévu le 28 décembre 2025, le doute plane sur la participation de Sidya Touré, leader de l’Union des Forces Républicaines (UFR) et ancien Premier ministre. Entre empêchements administratifs, absence prolongée du territoire et limite d’âge atteinte, la perspective d’une candidature du vétéran libéral paraît de plus en plus compromise.
Une candidature symbolique, mais bloquée
Dans un entretien accordé à Guineematin.com samedi 4 octobre, Mouctar Khalissa, secrétaire national de la jeunesse de l’UFR, a dressé un constat amer : « À l’allure où vont les choses, Sidya Touré ne sera pas candidat. »
Selon lui, le refus de renouvellement du titre de voyage du président de l’UFR et son exclusion du fichier électoral illustrent une stratégie d’éviction délibérée.
« Les autorités guinéennes refusent qu’il rentre au pays. Elles ont refusé de renouveler son titre de voyage, ce qui équivaut à lui interdire l’accès à la Guinée », accuse M. Khalissa.
L’UFR, qui désigne sans ambiguïté Sidya Touré comme son seul candidat légitime, dénonce une « exclusion politique » orchestrée pour l’écarter de la compétition. « On lui a refusé de se faire recenser. Il n’est ni électeur ni éligible », déplore le responsable de la jeunesse du parti.
Une transition sous tension
Si Mouctar Khalissa salue la fixation de la date du scrutin — « une très bonne chose car il faut que nous sortions de cette transition » —, il avertit que la légitimité de l’élection dépendra du respect des engagements pris par les autorités.
« Cela ne doit être possible que si le président de la transition respecte sa promesse de ne pas être candidat », a-t-il insisté, évoquant un climat politique tendu et un processus électoral « biaisé dès le départ ».
Cette mise en garde intervient alors que plusieurs formations d’opposition accusent la junte dirigée par le général Mamadi Doumbouya de vouloir verrouiller la course présidentielle en écartant des figures historiques de la scène politique.
L’UFR en retrait, mais vigilante
Face à ce qu’elle considère comme un jeu politique fermé, l’UFR envisage de se tenir à l’écart du processus électoral, se limitant à un rôle d’observateur.
« Notre démarche, c’est de rester simple observateur. Nous n’allons pas jouer un rôle dans une élection dont les règles sont déjà biaisées », a déclaré M. Khalissa.
Cette position prudente traduit le désenchantement d’une partie de la classe politique guinéenne, frustrée par les lenteurs du retour à l’ordre constitutionnel et les restrictions imposées à certaines figures de l’opposition.
Une absence qui pèsera sur la présidentielle
Ancien Premier ministre (1996-1999) et candidat malheureux à plusieurs élections présidentielles, Sidya Touré demeure l’une des voix les plus respectées du libéralisme guinéen. Sa probable absence de la course de décembre pourrait affaiblir la crédibilité du scrutin et réduire la diversité politique d’un paysage déjà polarisé entre le pouvoir de transition et une opposition morcelée.
À mesure que l’échéance approche, la question reste entière : la Guinée s’achemine-t-elle vers une élection inclusive et apaisée, ou vers un scrutin marqué par l’exclusion et la défiance ?
Pour beaucoup d’observateurs, la réponse à cette question déterminera non seulement l’avenir politique du pays, mais aussi la stabilité fragile de sa transition démocratique.
