Présidentielle ivoirienne : la tension monte à Abidjan après la dispersion violente d’une manifestation de l’opposition

Présidentielle ivoirienne : la tension monte à Abidjan après la dispersion violente d’une manifestation de l’opposition

Abidjan, le 12 octobre — À deux semaines du scrutin présidentiel, le climat politique ivoirien s’enflamme. Une manifestation de l’opposition, organisée samedi à Abidjan pour dénoncer le rejet de plusieurs candidatures majeures à la présidentielle, a été violemment dispersée par les forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogène.

Interdite la veille par la préfecture d’Abidjan au nom du « maintien de l’ordre public », la mobilisation devait se tenir devant l’église Saint-Jean de Cocody, point de ralliement symbolique pour les partis d’opposition. Dès les premières heures de la matinée, camions de police et véhicules de gendarmerie encerclaient les lieux. Malgré la forte présence sécuritaire, des petits groupes de manifestants ont bravé l’interdiction, scandant des slogans en faveur de la démocratie et contre le quatrième mandat du président sortant Alassane Ouattara.

Les forces de l’ordre ont alors fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule, provoquant des scènes de panique dans le quartier. Plusieurs manifestants ont été interpellés, selon des témoins sur place. À Blockauss, dans la même commune, une autre tentative de rassemblement a également été réprimée, entraînant de nouvelles arrestations.

“Alassane Ouattara n’est pas le choix des Ivoiriens. Nous ne sommes pas dans une démocratie”, a dénoncé un manifestant sous couvert d’anonymat.
“Son temps est arrivé, le quatrième mandat il n’a qu’à laisser”, a lancé pour sa part Marie Rolande Gouho Zion, une militante présente sur les lieux.

Une opposition fragilisée mais déterminée

Cette manifestation devait marquer une première démonstration de force de l’opposition, après la décision du Conseil constitutionnel de rejeter, en septembre, les candidatures de plusieurs figures historiques : Laurent Gbagbo, ancien président (2000-2011), et Tidjane Thiam, chef du principal parti d’opposition.
Privés de leurs leaders, leurs partisans ont voulu faire entendre leur colère, dénonçant une élection “biaisée” et “confisquée d’avance”.

Cependant, aucun cadre de premier plan de l’opposition n’était visible lors de la manifestation, ce qui traduit les difficultés de coordination et de mobilisation dans un contexte politique tendu.

Des journalistes pris pour cibles

Plusieurs journalistes venus couvrir la manifestation ont également été pris à partie par les forces de l’ordre. D’après l’AFP, certains ont vu leurs appareils saisis et les images effacées, une atteinte à la liberté de la presse dénoncée par les organisations professionnelles locales.

Une campagne sous haute tension

La campagne électorale s’est ouverte vendredi et durera quatorze jours. Cinq candidats sont officiellement en lice, dont le président Alassane Ouattara, qui brigue un quatrième mandat. Il a lancé sa campagne samedi à Daloa, dans l’ouest du pays.
Face à lui : Jean-Louis Billon, ancien ministre du Commerce et dissident du PDCI, Simone Ehivet Gbagbo, ex-première dame, Ahoua Don Mello, ancien ministre, et Henriette Lagou, déjà candidate en 2015.

Malgré les promesses d’un scrutin apaisé, les tensions politiques et sociales laissent craindre une campagne électorale agitée. Dans plusieurs localités de l’intérieur, des barricades ont été érigées avant d’être dégagées par la police.

Selon une source sécuritaire citée par l’AFP, la situation reste “globalement calme sur l’ensemble du territoire”, mais la crispation politique autour du scrutin pourrait bien raviver les fractures de la crise post-électorale de 2010-2011.

Alors qu’Alassane Ouattara entame sa campagne, l’opposition promet d’autres actions de contestation, convaincue que “la bataille pour la démocratie ne fait que commencer”.

Seune Cheikh FAYE

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *