Madagascar : un contingent de l’armée appelle à la désobéissance, la tension monte à Antananarivo

Madagascar : un contingent de l’armée appelle à la désobéissance, la tension monte à Antananarivo

Une vidéo diffusée samedi sur les réseaux sociaux a jeté un nouveau pavé dans la crise politique qui secoue Madagascar depuis plusieurs semaines. Un contingent du CAPSAT (Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques), une base militaire emblématique située près de la capitale Antananarivo, a appelé à la désobéissance et exhorté les soldats, policiers et gendarmes à refuser les ordres de tirer sur les manifestants.

Une rébellion aux accents historiques

Dans cette vidéo relayée massivement en ligne, les militaires du CAPSAT appellent leurs camarades d’autres unités à « unir leurs forces » et à « refuser d’être payés pour tirer sur leurs frères et sœurs ». Ils enjoignent également les troupes postées autour des palais présidentiels d’Iavoloha et d’Ambohitsorohitra à quitter leurs positions, et celles de l’aéroport d’Ivato à bloquer les décollages.

Le souvenir de 2009, année où la même base s’était rebellée lors du soulèvement populaire ayant porté Andry Rajoelina au pouvoir, plane lourdement. L’appel de ce samedi ravive les craintes d’un scénario similaire, dans un pays où l’armée joue souvent un rôle décisif dans les transitions politiques.

Des milliers de manifestants dans la rue

À Antananarivo, plusieurs milliers de personnes ont de nouveau manifesté samedi contre le régime, dans un climat de forte tension. Les forces de l’ordre ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes pour disperser la foule. Ces protestations, débutées le 25 septembre à cause des coupures d’eau et d’électricité, se sont progressivement transformées en une contestation politique ouverte du pouvoir.

Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, au moins 22 personnes ont été tuées et plus d’une centaine blessées depuis le début des manifestations. Le président Andry Rajoelina, lui, parle de douze morts, qu’il qualifie de « casseurs ».

Le gouvernement tente de calmer la situation

Face à la montée des tensions, le nouveau ministre des Armées, le général Deramasinjaka Manantsoa Rakotoarivelo, a appelé ses troupes au calme : « Nous invitons nos frères qui ne sont pas d’accord à privilégier le dialogue. L’armée malgache demeure la dernière ligne de défense de la nation. »

Mais la fermeté du chef de l’État interroge. Après avoir dissous son gouvernement dans un geste d’apaisement, Rajoelina a finalement opté pour un tournant sécuritaire, en nommant un Premier ministre militaire et en confiant les portefeuilles clés des Armées, de la Sécurité publique et de la Gendarmerie à des officiers supérieurs.

Une crise qui fragilise encore le régime Rajoelina

Alors que le pays traverse une grave crise économique et sociale, l’appel à la désobéissance du CAPSAT pourrait marquer un tournant décisif. L’armée, longtemps perçue comme un arbitre du pouvoir à Madagascar, semble aujourd’hui plus divisée que jamais.

La communauté internationale, notamment l’ONU, appelle au retour au dialogue et à la retenue des forces de l’ordre. Mais sur le terrain, la tension reste palpable dans la capitale malgache, où les manifestants promettent de revenir dans les rues jusqu’à la démission du président.

Madagascar, déjà fragilisée par la pauvreté et les crises cycliques, semble ainsi s’enfoncer un peu plus dans une spirale d’instabilité politique, avec en toile de fond la peur d’un embrasement militaire aux conséquences imprévisibles.

Seune Cheikh FAYE

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