RDC : la peine de mort requise contre l’ancien président Joseph Kabila dans le procès du M23

RDC : la peine de mort requise contre l’ancien président Joseph Kabila dans le procès du M23

À Kinshasa, le tribunal militaire de la République démocratique du Congo (RDC) a vécu, vendredi 22 août, un moment inédit et lourd de symboles : le ministère public a requis la peine de mort contre l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, poursuivi par contumace pour « trahison », « crimes de guerre », « complot » et « organisation d’un mouvement insurrectionnel ». L’ex-président, absent des audiences, n’a jusqu’ici présenté aucune défense.

Un réquisitoire implacable

Dans son réquisitoire, l’auditeur général des Forces armées congolaises, le général Lucien-René Likulia, n’a pas repris les attaques des parties civiles sur l’identité supposée rwandaise de Kabila. Mais il a martelé que les preuves rassemblées suffisaient pour établir sa complicité avec le mouvement rebelle M23/AFC, accusé d’être soutenu par Kigali.

Selon le magistrat, plusieurs éléments lient directement l’ancien président au groupe armé. Notamment une interview accordée en 2012 au Sunday Times dans laquelle Kabila aurait affirmé que le M23 « représentait les aspirations du peuple congolais ». Une déclaration que le parquet considère comme une reconnaissance politique et morale du mouvement.

Il a également rappelé le passage de Kabila à Goma par le Rwanda, présenté comme un indice de « collaboration étroite » avec les rebelles. Enfin, des témoignages d’acteurs politiques et même d’un condamné ont été cités pour étayer l’accusation.

Une demande de condamnation exemplaire

Au terme de sa plaidoirie, le général Likulia a demandé la peine capitale pour trahison et crimes de guerre, assortie de 15 ans de prison pour complot. « Les faits sont établis. Les liens sont clairs. Joseph Kabila a agi contre la nation qu’il avait juré de défendre », a-t-il affirmé.

L’avocat des parties civiles, Me Richard Bondo, est allé plus loin : « Les preuves sont là. Kabila est condamnable sur tous les plans. Il n’y a aucune brèche pour son innocence. L’affaire est entre les mains de la Haute cour, qui rendra son arrêt au nom du peuple congolais. »

Un procès sous haute tension politique

Ce procès, entamé il y a un mois, divise profondément l’opinion publique et la classe politique congolaise. Pour les partisans du régime actuel, il marque une étape vers la fin de l’impunité des dirigeants. Mais pour les fidèles de l’ancien président, il s’agit d’un « procès politique », qualifié de « mascarade judiciaire » visant à neutraliser définitivement Kabila, qui reste influent dans certaines sphères de pouvoir.

L’issue du procès est désormais suspendue au délibéré des juges militaires, attendu dans les prochaines semaines. Quoi qu’il en soit, cette procédure sans précédent contre un ancien président congolais accentue les fractures d’un pays déjà ébranlé par les violences persistantes dans l’Est et par les tensions politiques à Kinshasa.

Babacar DIOP

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