Le président syrien par intérim al-Charaa veut « redéfinir » les relations entre Damas et Moscou
Un tournant diplomatique majeur semble s’amorcer entre la Syrie et la Russie. Lors de sa première rencontre officielle avec le président russe Vladimir Poutine, tenue ce mercredi 15 octobre au Kremlin, le président syrien par intérim Ahmed al-Charaa a affirmé vouloir « redéfinir » la nature des relations entre Damas et Moscou, après des décennies d’alliance stratégique sous le régime de Bachar el-Assad, renversé en décembre dernier.
« Restaurer l’indépendance et la souveraineté syriennes »
Dans un discours diffusé à la télévision syrienne et relayé par les médias russes, Ahmed al-Charaa a déclaré :
« Nous essayons de restaurer et de redéfinir d’une nouvelle manière la nature de ces relations afin que la Syrie puisse jouir de son indépendance, de sa souveraineté, ainsi que de son unité et de son intégrité territoriales (…) de sa sécurité et de sa stabilité. »
Ces propos, les premiers du genre depuis son accession au pouvoir intérimaire, traduisent la volonté de Damas de rééquilibrer ses alliances, tout en conservant les liens historiques noués avec Moscou depuis les années 1970.
Un héritage complexe avec Moscou
La Russie a longtemps été le principal allié militaire et diplomatique du régime d’Assad, notamment durant la guerre civile syrienne déclenchée en 2011. L’intervention militaire russe en 2015 avait permis au régime de reprendre le contrôle de vastes territoires, consolidant ainsi la présence de Moscou dans la région.
Mais depuis la chute de Bachar el-Assad, la Syrie cherche à redéfinir sa place sur l’échiquier régional, entre la dépendance stratégique à la Russie et la nécessité d’ouvrir de nouveaux partenariats, notamment avec les pays arabes et la Chine.
Poutine salue des « liens profonds »
Face à cette volonté de redéfinition, Vladimir Poutine a tenu à rappeler l’importance historique de la coopération russo-syrienne :
« Nos deux peuples sont unis par des liens profonds et une histoire de solidarité dans les moments difficiles », a affirmé le président russe, soulignant que la Russie « restera un partenaire fiable » pour la Syrie dans le domaine de la reconstruction et de la sécurité.
Moscou, qui dispose encore de bases militaires à Tartous et Hmeimim, observe avec prudence cette évolution politique à Damas, tout en espérant maintenir son influence dans une région devenue plus instable depuis la chute du régime précédent.
Un message adressé à la communauté internationale
En prônant une « redéfinition » des relations avec la Russie, Ahmed al-Charaa envoie également un message diplomatique clair à la communauté internationale : celui d’une Syrie souveraine, qui entend tourner la page de la tutelle étrangère et se repositionner comme acteur autonome dans le monde arabe.
Selon des sources diplomatiques, le président par intérim devrait prochainement entamer une tournée régionale incluant l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, afin de renforcer les liens arabes et d’attirer de nouveaux soutiens économiques pour la reconstruction du pays.
Une transition scrutée de près
Alors que le pays tente de se stabiliser après plus d’une décennie de guerre, la rencontre entre Poutine et al-Charaa marque une étape clé dans la transition syrienne. Les observateurs internationaux y voient un test d’équilibre diplomatique pour le nouveau pouvoir, qui devra concilier l’héritage d’une alliance ancienne avec Moscou et les aspirations à une politique plus indépendante.
Entre continuité et rupture, la Syrie d’Ahmed al-Charaa cherche désormais à tracer sa propre voie — celle d’un État souverain, prêt à dialoguer, mais déterminé à reprendre la maîtrise de son destin.
