À l’ONU, l’Arabie saoudite avance ses pions pour redessiner la paix au Moyen-Orient

À l’ONU, l’Arabie saoudite avance ses pions pour redessiner la paix au Moyen-Orient

New York, siège des Nations unies. Les couloirs bruissent de rumeurs, les caméras se braquent sur les délégations, et dans l’air flotte une promesse de relance : celle de la solution à deux États. Mais ce lundi, un pays attire toutes les attentions. Drapés dans leurs keffiehs blancs impeccables, les représentants de l’Arabie saoudite avancent avec assurance. Le royaume wahhabite, longtemps discret diplomatiquement, s’affiche désormais comme l’un des moteurs d’une éventuelle normalisation entre Israël et ses voisins arabes.

Un royaume qui veut reprendre la main

Vingt-deux ans après l’initiative de paix arabe portée par Riyad, Mohammed ben Salman, l’héritier au pouvoir de facto, veut montrer que son pays ne se contente plus de vendre du pétrole et d’acheter des armes américaines. Dans les salons feutrés du siège de l’ONU, les diplomates saoudiens répètent le même message : « Pas de normalisation sans un chemin clair et irréversible vers un État palestinien. »
Une position qui tranche avec les accords d’Abraham signés par d’autres pays du Golfe, lesquels avaient préféré officialiser leurs liens avec Israël sans contrepartie politique.

Les gestes calculés de Mohammed ben Salman

À 40 ans, le prince héritier joue sur deux tableaux. D’un côté, il cultive une image de modernisateur audacieux : grands projets urbains futuristes, ouverture économique, rôle d’investisseur planétaire. De l’autre, il s’érige en défenseur d’une cause arabe et musulmane toujours sensible : la Palestine. « MBS » sait que sa crédibilité régionale se joue là. Ses gestes sont millimétrés : une poignée de main avec la délégation française, un regard appuyé vers les Américains, et cette phrase lâchée devant un parterre de journalistes : « Nous ne signerons aucun accord qui abandonne les Palestiniens. »

Les États-Unis, partenaires incontournables mais encombrants

Riyad avance pourtant sur un fil. L’alliance avec Washington reste vitale économiquement : 600 milliards de dollars de partenariats ont encore été conclus lors de la dernière visite de Donald Trump à Riyad. Mais les Saoudiens n’ont pas oublié les propos de Joe Biden promettant de faire de leur pays un « État paria » après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. Entre méfiance et nécessité, Riyad cherche à élargir son jeu diplomatique.
Preuve en est : l’accord de défense signé récemment avec le Pakistan, qui inclut un parapluie nucléaire symboliquement étendu au royaume. Un signal fort, lancé comme un avertissement : l’Arabie saoudite ne mise plus sur un seul protecteur.

Une salle sous tension

Dans la grande salle de l’ONU, l’atmosphère est lourde. Les représentants israéliens écoutent sans mot dire, le visage fermé. La délégation palestinienne, elle, savoure l’instant, consciente que l’appui de Riyad donne un poids inédit à ses revendications. Les Européens, en particulier les Français, applaudissent en coulisses l’audace saoudienne, espérant que ce leadership ouvrira enfin une brèche dans un conflit enlisé depuis des décennies.

Le pari saoudien

À travers cette conférence, l’Arabie saoudite tente un coup double : consolider son rôle de puissance régionale incontournable et s’ériger en architecte de la paix. Mais derrière les discours solennels, une interrogation demeure : Israël acceptera-t-il d’entamer le chemin que Riyad exige, ou ce sommet ne sera-t-il qu’un nouveau chapitre dans la longue histoire des rendez-vous manqués du Proche-Orient ?

Seune Cheikh FAYE

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