Enquête sur les sources du média Disclose : un procès ordonné contre un ingénieur militaire, la journaliste Ariane Lavrilleux bénéficie d’un non-lieu

Enquête sur les sources du média Disclose : un procès ordonné contre un ingénieur militaire, la journaliste Ariane Lavrilleux bénéficie d’un non-lieu

Une juge d’instruction parisienne a ordonné, le 21 mai 2026, le renvoi devant le tribunal correctionnel d’un ingénieur militaire soupçonné d’avoir transmis à Disclose des documents classifiés à l’origine d’une enquête explosive sur les opérations de l’armée française en Égypte. L’homme, poursuivi pour « compromission du secret de la défense nationale », conteste vigoureusement les accusations, selon des sources proches du dossier citées jeudi par l’AFP.

Une enquête emblématique sur la liberté de la presse

L’affaire trouve son origine dans les révélations publiées en 2021 par le média d’investigation Disclose. Les journalistes y mettaient en lumière un possible détournement de la mission militaire française « Sirli », initialement destinée à la lutte antiterroriste, mais qui aurait été utilisée par les autorités égyptiennes pour viser des contrebandiers et des opposants politiques.

Ces révélations avaient déclenché un vif débat sur la transparence des opérations extérieures de la France et la protection du secret-défense. Rapidement, une enquête avait été ouverte par le parquet de Paris pour « compromission du secret de la défense nationale », visant à identifier la source de Disclose.

Le militaire désigné comme la « source »

Selon la juge d’instruction, l’ingénieur militaire aujourd’hui renvoyé devant la justice serait à l’origine de la fuite d’informations confidentielles. Il aurait transmis des documents classés « secret défense » au collectif de journalistes de Disclose, permettant de documenter le détournement présumé de la mission Sirli.

L’intéressé, qui nie tout acte illégal, affirme avoir agi dans le respect de ses obligations professionnelles et conteste avoir été en contact avec des journalistes du média. Son entourage dénonce une procédure « injuste et disproportionnée » à l’encontre d’un fonctionnaire « ayant toujours servi l’État avec loyauté ».

Ariane Lavrilleux blanchie

Dans le même dossier, la journaliste Ariane Lavrilleux, qui avait été placée en garde à vue en 2023, bénéficie d’un non-lieu. La juge a estimé que les articles qu’elle a cosignés pour Disclose répondaient à un « impératif d’intérêt général ». Une décision saluée par les défenseurs de la liberté de la presse, qui y voient une reconnaissance du rôle essentiel des journalistes d’investigation dans la démocratie.

Liberté de la presse et secret-défense, un équilibre fragile

Ce procès à venir s’annonce comme un nouveau test pour la justice française sur la protection des sources journalistiques. Plusieurs organisations, dont Reporters sans frontières (RSF), rappellent que la criminalisation des sources met en péril la capacité des médias à révéler des informations d’intérêt public.

Pour Disclose, cette affaire illustre la tension persistante entre secret militaire et droit à l’information : « Il ne s’agit pas de trahir des secrets d’État, mais de rendre compte d’actions publiques menées en notre nom », déclarait récemment le média.

Le procès de l’ingénieur militaire, prévu à Paris, s’annonce donc comme un moment clé du débat sur les limites du secret-défense et la protection des lanceurs d’alerte en France.

Seune Cheikh FAYE

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