Financement libyen : Nicolas Sarkozy reconnu coupable d’association de malfaiteurs

Financement libyen : Nicolas Sarkozy reconnu coupable d’association de malfaiteurs

C’est une décision historique pour la justice française. Jeudi 25 septembre, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy a été reconnu coupable d’association de malfaiteurs dans l’affaire des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. En revanche, il a été relaxé des faits de corruption et de financement illégal de campagne qui lui étaient reprochés.

Un procès hors norme

Après trois mois d’audiences très suivies, le tribunal correctionnel de Paris a rendu un jugement fleuve de plus de 400 pages. Le parquet national financier (PNF) avait requis en avril dernier sept ans de prison ferme et 300 000 euros d’amende, la peine la plus lourde envisagée à l’encontre des douze prévenus.

La présidente du tribunal, Nathalie Gavarino, a estimé que Nicolas Sarkozy, « en tant que ministre puis président de l’UMP », avait permis à ses collaborateurs d’entrer en contact avec les autorités libyennes « afin d’obtenir ou de tenter d’obtenir des financements » pour la campagne victorieuse de 2007.

Guéant et Hortefeux également condamnés

Aux côtés de l’ancien chef de l’État, deux de ses proches fidèles ont été sanctionnés. Claude Guéant, son ancien secrétaire général à l’Élysée, a été reconnu coupable de corruption passive et de faux. Brice Hortefeux, ex-ministre de l’Intérieur, a lui aussi été jugé coupable d’association de malfaiteurs. À l’inverse, Éric Woerth, trésorier de la campagne de 2007, a été relaxé.

La procédure a également été marquée par un rebondissement : la mort à Beyrouth, mardi dernier, de Ziad Takieddine, intermédiaire clé de l’affaire. Le tribunal a constaté l’extinction de l’action publique à son encontre.

Des accusations explosives

Pour le PNF, Nicolas Sarkozy aurait noué un « pacte de corruption faustien » avec Mouammar Kadhafi, en échange de soutiens financiers occultes. Selon l’accusation, il aurait favorisé le retour du régime libyen sur la scène internationale et tenté d’intervenir en faveur d’Abdallah Senoussi, beau-frère du dirigeant, condamné à perpétuité pour son rôle dans l’attentat du DC-10 d’UTA en 1989.

L’ancien président, qui n’a cessé de dénoncer une « infamie », est apparu grave à l’audience, accompagné de son épouse Carla Bruni. Depuis plus de dix ans, il répète qu’il n’a « jamais trahi l’honneur de la France ».

Une onde de choc politique

Cette condamnation, même partielle, constitue un séisme dans la vie politique française. Jamais un ancien président n’avait été poursuivi et reconnu coupable dans un dossier d’une telle ampleur, mêlant soupçons de financement étranger, corruption et réseaux occultes.

Reste désormais à connaître la peine que la présidente Nathalie Gavarino prononcera dans les prochains jours. Nicolas Sarkozy, 70 ans, encourt toujours une sanction lourde, assortie d’une possible inéligibilité.

Seune Cheikh FAYE

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