Le Sud global devient une force stabilisatrice pour la paix » Lyu Yansong sonne l’heure d’un nouvel ordre médiatique
Forum mondial des médias du Sud : vers une nouvelle diplomatie culturelle et narrative entre la Chine et l’Afrique
Johannesburg – La dernière journée du Forum mondial des médias et des groupes de réflexion du Sud global a placé la coopération culturelle sino-africaine au cœur des discussions. Réunis ce vendredi à Johannesburg, experts, responsables gouvernementaux, universitaires et acteurs des médias ont réaffirmé une conviction commune : la maîtrise des récits, l’échange culturel et la coopération médiatique constituent désormais des leviers stratégiques essentiels pour façonner l’avenir du Sud global.
Avec plus de 200 participants, issus de 160 médias et institutions de 41 pays africains, le forum organisé par l’Agence de presse Xinhua s’est imposé comme un espace majeur pour repenser les dynamiques de gouvernance mondiale et le rôle grandissant du partenariat Chine–Afrique dans la transformation du paysage médiatique international.
Hunan–Afrique : un pont culturel au service d’un avenir commun
Le dialogue « Hunan-Afrique : relier les cultures pour un avenir commun » a ouvert les travaux de la journée.
La province chinoise du Hunan, riche de son héritage culturel et de son dynamisme industriel, a été présentée par Pékin comme une zone-pilote stratégique pour intensifier les échanges humains avec l’Afrique.
Zhao Chengxin, représentant du bureau de l’Information du gouvernement du Hunan, a rappelé que la coopération sino-africaine ne se limite plus au commerce ou aux infrastructures :
« Nous voulons écrire ensemble les histoires de la Chine et de l’Afrique, et enrichir le dialogue culturel du Sud global. »
Il a souligné que les universités et centres de recherche du Hunan jouent depuis des décennies un rôle moteur dans les études africaines, produisant des rapports stratégiques régulièrement présentés lors des expositions économiques sino-africaines.
Pour Zhao, le futur passe par :
- un approfondissement des échanges culturels,
- le développement d’industries créatives sino-africaines,
- la diffusion élargie de contenus culturels chinois en Afrique,
- et la coproduction d’œuvres emblématiques valorisant la diversité du Sud global.
Face aux stéréotypes : construire un écosystème culturel et médiatique partagé
Les intervenants africains ont rappelé que l’enjeu est autant culturel que géopolitique.
Pour Siafa G. Sheriff, président de l’Organisation d’amitié Liberia–Chine :
« Renforcer les liens culturels, c’est combattre les stéréotypes et construire une compréhension mutuelle indispensable face aux défis globaux comme le climat ou la cybersécurité. »
Il a plaidé pour des initiatives locales qui favorisent l’inclusion, la diversité et l’apprentissage réciproque entre communautés chinoises et africaines.
Trois entreprises du Hunan ont également présenté leurs projets de coopération en Afrique, mettant en lumière des expériences de collaboration dans la culture, l’innovation et la technologie.
Des systèmes d’information plus solides pour une coopération durable
La dimension médiatique a occupé une place centrale dans les discussions.
Sarah Thompson, directrice générale de l’Agence de presse sierra-léonaise, a insisté sur le rôle déterminant des infrastructures d’information :
« Le vrai facteur de transformation ne réside pas seulement dans les investissements, mais dans la maturité, l’intégrité et la résilience des écosystèmes d’information. Les médias et les think tanks sont les architectes de la compréhension mutuelle. »
Elle a proposé la création d’un laboratoire conjoint Chine–Afrique d’échange d’information, destiné à renforcer la transparence, la circulation des données et la lutte contre la désinformation.
Mikanda Wanga, rédacteur en chef du groupe congolais DRC Le Quotidien, a pour sa part rappelé l’impact massif de la télévision et d’Internet sur l’opinion publique africaine :
« Les médias sont un puissant vecteur pour combattre la désinformation et promouvoir les opportunités bilatérales. La Chine doit soutenir une modernisation technologique des médias africains. »
Reprendre la maîtrise de la narration du Sud global : un impératif stratégique
Pour Chen Tian, directeur du département des think tanks du Conseil de promotion économique et commerciale Chine-Afrique, l’enjeu est clair :
« Construire une narration du Sud global est un impératif stratégique pour rééquilibrer la perception internationale. »
Il dénonce l’« hégémonie médiatique occidentale » qui réduit trop souvent la coopération sino-africaine à des récits biaisés portant sur la dette ou le néocolonialisme, ignorant les résultats tangibles sur le terrain.
Chen appelle à une stratégie coordonnée Chine–Afrique fondée sur :
- la formation professionnelle,
- la coproduction de contenus médiatiques positifs,
- la création d’une cellule narrative de réponse rapide,
- la transparence et la souveraineté narrative.
Xinhua réaffirme son engagement pour une information fiable et accessible
L’un des moments forts du forum a été l’intervention de Lyu Yansong, rédacteur en chef de l’Agence de presse Xinhua.
Il a rappelé le rôle essentiel que doivent jouer les médias du Sud dans un monde marqué par la fragmentation géopolitique :
« Les pays du Sud deviennent une force stabilisatrice pour la paix. Les relations sino-africaines progressent ensemble, et les médias doivent accompagner cette dynamique avec rigueur et crédibilité. »
Un engagement salué par plusieurs délégations africaines, pour qui l’accès à des sources diversifiées reste une priorité stratégique.
Un forum qui redéfinit les relations Chine–Afrique
En deux jours, la rencontre a mis en lumière une vision renouvelée de la relation sino-africaine :
- plus culturelle,
- plus médiatique,
- plus stratégique,
- et plus tournée vers la construction d’un récit commun du Sud global.
Les discussions ont aussi soutenu une réforme de la gouvernance mondiale afin de faire davantage place aux perspectives du Sud, tout en consolidant un partenariat capable de peser sur les grands enjeux internationaux.
Le Forum mondial des médias du Sud à Johannesburg marque une étape décisive :
celle d’un Sud global qui s’organise, se renforce et revendique sa capacité à raconter le monde autrement, par ses propres voix, ses propres cadres conceptuels et ses propres ambitions.
Entre diplomatie culturelle, coopération médiatique, modernisation technologique et souveraineté narrative, la Chine et l’Afrique semblent désormais déterminées à bâtir un avenir commun fondé sur l’échange, la compréhension mutuelle et la confiance.
Un objectif qui, pour beaucoup, devient aussi stratégique que les investissements économiques ou les grandes infrastructures.
