Le Sud global ne sera plus spectateur de son histoire » l’appel d’Ismaila Ceesay au Forum des Médias Chine–Afrique
Lors du Forum Chine–Afrique, le ministre gambien Ismaila Ceesay appelle à « reprendre la maîtrise de notre narration » pour bâtir des médias souverains, indépendants et porteurs d’une voix unie du Sud global.
Le Forum des Médias et des Groupes de Réflexion du Sud global s’est ouvert ce jeudi à Houghton, Johannesburg, dans un contexte de recomposition accélérée de la gouvernance internationale.
L’événement, qui se tient les 13 et 14 novembre 2025, réunit plus de 200 participants issus de 160 médias, think tanks et institutions gouvernementales de 41 pays africains, aux côtés de représentants de la Chine, de l’Union africaine et d’organisations internationales.
Organisé conjointement par l’agence de presse Xinhua et l’Union africaine, le forum ambitionne de devenir une plateforme stratégique pour renforcer la coopération Sud-Sud et redéfinir les contours du partenariat sino-africain à travers le thème :
« Réformer la gouvernance mondiale : nouveaux rôles et nouvelles visions pour la coopération Chine–Afrique ».
Un espace de réflexion pour une gouvernance mondiale plus équitable
Au cœur des échanges, trois grands axes guident les discussions :
- les engagements Chine–Afrique en faveur d’une réforme de la gouvernance mondiale,
- l’action conjointe pour la revitalisation du Sud global,
- et les échanges interculturels dans une coexistence civilisationnelle mondiale.
Ces débats visent à repenser les mécanismes de décision internationaux, encore dominés par les pays du Nord, et à proposer des approches plus inclusives, multipolaires et représentatives des réalités africaines.
Le forum dévoilera également un rapport stratégique intitulé « Construire ensemble un nouveau modèle de leadership mondial », qui servira de feuille de route commune pour les futures coopérations économiques, médiatiques et diplomatiques.
Autre moment fort : le lancement du Réseau de Partenariat de Communication du Sud global, inscrit dans le Plan d’action Chine–Afrique 2026. Ce mécanisme ambitionne de consolider les capacités médiatiques du continent, de promouvoir la formation, le transfert de technologies et de renforcer la circulation équitable de l’information.
Dr Ismaila Ceesay : “Reprendre la maîtrise de notre récit, c’est reprendre notre dignité”
Dans un discours particulièrement remarqué, le ministre gambien de l’Information, des Médias et des Services de radiodiffusion, Dr Ismaila Ceesay, a appelé les nations du Sud global à reprendre le contrôle de leurs narrations et à bâtir des écosystèmes médiatiques souverains.
« Pendant trop longtemps, nos histoires ont été racontées à travers des prismes qui ne reflètent ni nos réalités ni nos ambitions. Les médias ne sont pas seulement un outil de communication : ils sont un instrument de souveraineté, d’identité et d’autodétermination », a-t-il déclaré, au nom du Président Adama Barrow et du peuple gambien.
Le ministre a souligné l’importance de la coopération Chine–Afrique dans la construction d’un nouvel ordre informationnel mondial, fondé sur l’équité, la transparence et la responsabilité collective.
Il a salué l’initiative « Action Chine–Afrique pour la revitalisation du Sud global », qui encourage la formation des journalistes africains, le partage d’expertise technologique et la création de contenus coproduits.
« L’avenir de la gouvernance mondiale doit être inclusif, multipolaire et refléter la diversité des expériences humaines. Ensemble, nous devons bâtir des médias indépendants, crédibles et résilients face à la désinformation et aux manipulations extérieures », a-t-il ajouté, appelant à une renaissance intellectuelle et médiatique du Sud global.
Une diplomatie de la connaissance et des récits partagés
Pour les diplomates et chercheurs présents, la montée en puissance du Sud global n’est pas seulement économique ou géopolitique — elle est aussi symbolique et narrative.
La domination des flux d’information par quelques puissances a longtemps marginalisé la voix africaine dans les débats mondiaux. Le forum plaide ainsi pour une souveraineté médiatique collective, capable de représenter l’Afrique et ses partenaires du Sud comme des acteurs de solutions globales, et non de simples spectateurs du système international.
Parmi les intervenants de haut niveau figuraient Wu Peng, ambassadeur de Chine en Afrique du Sud, Dr Iqbal Survé, président d’Independent Media et coprésident du Forum des Médias des BRICS, Dada Morero, maire exécutif de Johannesburg, Pan Qingjiang, consul général de Chine à Johannesburg, et Lv Yansong, rédacteur en chef de Xinhua.
Tous ont insisté sur le rôle des médias et des think tanks comme leviers de transformation, capables d’influencer les politiques publiques et d’accélérer les réformes de la gouvernance mondiale.
Vers une gouvernance multipolaire et collaborative
Au-delà de la coopération médiatique, les discussions de Johannesburg traduisent une volonté politique : refonder la gouvernance mondiale sur des bases de justice, de respect mutuel et de partenariat équitable.
Cette vision, partagée par de nombreux États africains et soutenue par la Chine, marque une étape décisive vers la construction d’une communauté de destin du Sud global.
« Nos histoires ne sont pas isolées ; elles font partie intégrante de l’histoire humaine », a conclu le ministre gambien.
« En unissant nos forces, nous pouvons bâtir un monde plus juste, plus équilibré et véritablement partagé. »
Une Afrique actrice de la transformation mondiale
En plaçant la voix du Sud au centre des débats, le Forum des Médias du Sud global s’impose comme une plateforme stratégique pour rééquilibrer les rapports Nord-Sud, promouvoir la diplomatie des idées et bâtir un écosystème d’information autonome et solidaire.
Les conclusions attendues devraient nourrir les stratégies de coopération internationale, soutenir les investissements dans les industries médiatiques africaines, et ouvrir un nouveau chapitre du partenariat Chine–Afrique, fondé sur la connaissance, la confiance et la co-création.
