Maroc : la peine de prison de la militante féministe Ibtissame Lachgar confirmée en appel
Rabat – La Cour d’appel de Rabat a confirmé, lundi 6 octobre, la condamnation à deux ans et demi de prison de la militante féministe marocaine Ibtissame Lachgar, poursuivie pour « atteinte à l’islam ». Le verdict, très attendu, a suscité une vive émotion parmi les défenseurs des droits humains et les militants pour les libertés individuelles.
Âgée de 50 ans, Ibtissame Lachgar est une figure emblématique du mouvement féministe marocain. Cofondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (MALI), elle s’est illustrée depuis plusieurs années par ses prises de position audacieuses sur la laïcité, le droit des femmes et la liberté sexuelle.
La militante avait été condamnée en première instance début septembre après la publication, fin juillet, d’une photo sur les réseaux sociaux où elle apparaissait portant un t-shirt arborant le mot « Allah » suivi de l’expression « is lesbian » (« est lesbienne »). L’image, accompagnée d’un texte critiquant l’islam comme une idéologie « fasciste, phallocrate et misogyne », avait suscité une vague d’indignation dans une partie de l’opinion publique.
Selon l’une de ses avocates, Me Ghizlane Mamouni, la défense compte déposer une demande d’aménagement de peine afin de transformer la détention en une peine alternative, tout en formulant un pourvoi en Cassation. « Nous espérons que la justice saura faire preuve de discernement et de respect pour la liberté d’expression », a-t-elle déclaré à la sortie de l’audience.
Dans les milieux militants, cette décision est perçue comme un coup dur pour la liberté d’expression au Maroc. Plusieurs ONG locales et internationales, dont Amnesty International, avaient appelé à la libération immédiate de la militante, dénonçant une « criminalisation des opinions ».
Le gouvernement marocain, de son côté, n’a pas officiellement réagi au jugement. Mais cette affaire met une fois de plus en lumière la ligne de tension entre les défenseurs des libertés individuelles et les autorités, dans un pays où la religion demeure un pilier de l’identité nationale.
Malgré sa condamnation, Ibtissame Lachgar continue de susciter la solidarité d’une partie de la société civile marocaine et internationale. Son cas s’impose désormais comme un symbole du débat sur les limites de la liberté d’expression dans le royaume chérifien.
