Le président sierra-léonais a présenté les excuses de l’État aux victimes de la guerre civile et annoncé de nouvelles mesures de réparation, de réconciliation et de prévention des conflits. Il s’est également engagé à quitter le pouvoir à la fin de son mandat en 2028.

Le président de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, veut faire de la réconciliation nationale un levier de consolidation de la paix. Lundi, à l’ouverture de la Conférence nationale sur l’unité et la cohésion sociale à Freetown, le chef de l’État a présenté les excuses officielles de l’État aux victimes de la guerre civile et annoncé une série de mesures destinées à renforcer les réparations, le soutien aux survivants et la prévention des conflits.

Cette initiative intervient plus de deux décennies après la fin officielle de la guerre civile, qui a profondément marqué le pays. Malgré les progrès accomplis depuis le retour à la paix, les blessures du conflit, les injustices persistantes et les inégalités d’accès aux opportunités continuent de peser sur la cohésion sociale.

« Au nom de l’État de Sierra Leone, je présente mes excuses pour les souffrances que vous avez endurées et pour la protection que vous n’avez pas reçue », a déclaré Julius Maada Bio devant les survivants, les familles endeuillées et les personnes directement affectées par la guerre.

Par cette déclaration, le président a reconnu les défaillances de l’État dans la protection des populations. Il a également défendu une conception de la paix qui ne se limite pas à la stabilité politique ou à la tenue régulière d’élections, mais repose sur la justice, la responsabilité publique et l’amélioration des conditions de vie.

L’accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’emploi et à la sécurité alimentaire figure ainsi parmi les enjeux qu’il a associés à la construction d’une société plus inclusive.

Les réparations au cœur de la réconciliation

Au-delà des excuses, l’exécutif entend donner une portée concrète aux engagements pris envers les victimes. Julius Maada Bio a demandé à la Commission nationale pour l’action sociale (NaCSA) et aux institutions concernées de réexaminer et de renforcer le programme de réparations recommandé par la Commission vérité et réconciliation (TRC).

Le président a également fixé au 18 janvier 2027 la date limite pour la publication d’un rapport public sur la mise en œuvre des recommandations de cette commission, chargée d’établir les causes et les conséquences du conflit.

Le dispositif annoncé prévoit aussi un renforcement de la prise en charge des traumatismes liés à la guerre. Le ministère de la Santé devra travailler avec la Commission pour la paix et les communautés religieuses afin d’élargir les services de santé mentale et de soutien psychosocial destinés aux personnes encore affectées par les violences.

Ces mesures placent les victimes au centre du processus de réconciliation. Leur portée dépendra toutefois des moyens mobilisés, de la capacité des institutions à respecter les échéances annoncées et de l’accès effectif des populations concernées aux dispositifs de réparation.

Le chef de l’État a par ailleurs rappelé que l’exclusion, les abus de pouvoir, les injustices et le sentiment d’être privé d’un accès équitable aux opportunités nationales avaient contribué à fragiliser le pays avant et pendant le conflit. Il a salué le rôle joué par les gouvernements successifs, les organisations féminines, les communautés religieuses, la société civile, les médias et les acteurs locaux dans la préservation de la paix.

Bio exclut un troisième mandat et prépare l’après-2028

La conférence a également été marquée par une annonce politique majeure. Julius Maada Bio a réaffirmé son intention de respecter la Constitution et de transmettre le pouvoir à l’issue de son mandat.

« Je ne serai pas candidat à l’élection présidentielle de 2028 », a-t-il déclaré, assurant qu’il remettrait la présidence au candidat choisi par les Sierra-Léonais.

Cet engagement place la question de la succession présidentielle au cœur des discussions sur la stabilité politique du pays. À l’approche de l’échéance de 2028, la capacité des acteurs politiques à respecter les règles électorales et à prévenir les tensions constituera un test important pour les institutions sierra-léonaises.

Le président a proposé plusieurs initiatives destinées à encadrer cette période. Elles comprennent la mise en place d’un cadre national d’action pour la paix et la cohésion sociale, la création d’un fonds pour soutenir les initiatives communautaires de consolidation de la paix et le renforcement du Comité de dialogue interpartis.

Il a également plaidé pour l’adoption d’un code de conduite en faveur d’élections pacifiques, auquel les partis politiques enregistrés seraient invités à adhérer avant le scrutin de 2028.

L’éducation civique et la culture de la paix devraient, elles aussi, occuper une place accrue dans les politiques publiques. Parmi les mesures annoncées figurent leur intégration dans les programmes scolaires, l’organisation d’une Semaine nationale de la paix et la préparation d’un mémorial national consacré à la paix.

Selon les annonces faites lors de la conférence, la semaine commémorative devrait culminer le 18 janvier 2027, date retenue pour marquer les 25 ans de paix.

Ernest Bai Koroma appelle à une responsabilité collective

Présent à la rencontre, l’ancien président Ernest Bai Koroma a appelé les Sierra-Léonais à s’impliquer davantage dans la consolidation de la paix. Il a insisté sur la nécessité de privilégier le dialogue pour régler les différends qui persistent dans le pays.

Saluant les efforts de Julius Maada Bio en faveur du processus de paix, notamment la mise en place de la Commission pour la paix, il s’est dit disposé à mettre son expérience au service des initiatives visant à renforcer la cohésion nationale.

Des représentants des Nations unies, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), du corps diplomatique et d’autres institutions ont également pris part aux discussions.

La conférence, organisée autour du thème « De l’accord à l’action : renforcer l’unité, promouvoir la cohésion sociale et bâtir une Sierra Leone plus pacifique grâce à la prévention des conflits », entend ainsi faire passer les engagements en faveur de la paix à une nouvelle étape.

Reste désormais à transformer les annonces en résultats mesurables. Le financement des réparations, l’application des recommandations de la Commission vérité et réconciliation, la prise en charge des victimes et la prévention des tensions électorales seront déterminants.

Pour la Sierra Leone, le défi ne consiste plus seulement à préserver la paix acquise après la guerre civile, mais à faire en sorte que celle-ci se traduise durablement par davantage de justice, de confiance dans les institutions et de cohésion entre les citoyens.